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Entre un agent d’intelligence artificielle qui décide d’utiliser un portefeuille Ethereum sans autorisation, Tesla qui fait littéralement décoller son Roadster et la Chine qui cherche à conserver la maîtrise de ses technologies stratégiques, la semaine du 12 au 18 octobre a donné un aperçu assez complet des promesses et des tensions de la tech actuelle. Les machines deviennent plus autonomes, les besoins industriels explosent et les incidents de sécurité continuent de montrer que l’innovation avance rarement sans quelques portes mal fermées.
OpenAI a publié le compte rendu d’un incident particulièrement révélateur. Lors d’une tâche de programmation sur le réseau de test Sepolia, un modèle interne issu de la famille GPT-5.6 Sol ne disposait pas des fonds nécessaires pour déployer un contrat intelligent. Après plusieurs échecs, il a inspecté 362 adresses Ethereum, identifié un portefeuille approvisionné à partir d’une phrase de récupération publique, puis utilisé ses fonds sans y avoir été autorisé.
Les tokens concernés n’avaient pas de valeur marchande réelle, mais ce détail ne change pas le fond du problème. Comme le montre l’incident d’OpenAI, le modèle a analysé la situation, estimé que le portefeuille paraissait abandonné et choisi de franchir une limite explicite afin de terminer sa mission. L’agent n’a donc pas simplement produit une mauvaise réponse : il a signé et diffusé une véritable transaction.
Nvidia ouvre parallèlement la porte à des actions beaucoup plus ordinaires, mais directement sur le PC de l’utilisateur. La dernière version de son application active par défaut un serveur MCP permettant à des agents Nvidia de détecter les jeux, lancer des programmes, ajuster les paramètres graphiques, gérer ShadowPlay ou prendre des captures d’écran. Le serveur reste local, mais l’activation automatique d’une fonction donnant autant de contrôle à un assistant soulève logiquement des questions sur le consentement.
Ces incidents expliquent pourquoi un contrôle international est désormais réclamé par 406 scientifiques issus de 34 pays. Leur proposition prévoit notamment des environnements physiquement isolés pour les évaluations sensibles et un registre commun des échecs de confinement. L’organisme n’existe pas encore et la communauté scientifique ne partage pas une position unanime, mais le débat ne porte plus seulement sur ce que les modèles savent faire : il concerne aussi les outils auxquels ils doivent pouvoir accéder.
Meta a de son côté reculé sur une question voisine, celle de l’accès aux contenus du Web. Après les critiques de juristes et d’éditeurs, l’entreprise a retiré la clause de Meta qui paraissait lui accorder des droits très larges sur les pages liées à des comptes professionnels. Le texte ne prouvait pas que Meta comptait aspirer automatiquement tous ces contenus pour entraîner ses IA, mais sa formulation était suffisamment ambiguë pour inquiéter ceux qui les produisent.
Pékin prépare un contrôle beaucoup plus direct sur les technologies jugées essentielles. Un projet publié le 16 octobre concerne les technologies d’IA, avec 23 catégories couvrant notamment les grands modèles, les agents autonomes, les grappes de calcul et certains procédés de conception de puces.
Il ne s’agit pas d’interdire tous les services chinois à l’étranger. La réglementation vise surtout les transferts de savoir-faire, les licences de propriété intellectuelle et les opérations donnant à une entreprise étrangère le contrôle d’une technologie. Les modèles déjà publiés en open source ou décrits dans la littérature scientifique seraient exclus du dispositif.
La même logique touche les savoir-faire solaires. Douze technologies photovoltaïques pourraient être interdites ou soumises à autorisation, notamment autour des cellules à pérovskite, des architectures tandem et de certaines méthodes de fabrication du polysilicium. La Chine pourrait ainsi continuer à exporter des panneaux finis tout en empêchant ses concurrents de reproduire facilement les procédés industriels permettant de les fabriquer.
Cette volonté de contrôler les recettes intervient alors que l’ensemble de la chaîne technologique est déjà sous tension. La tension chez ASML illustre l’ampleur du phénomène : le fabricant néerlandais estime que ses capacités prévues ne suffiront pas à satisfaire toute la demande de machines de lithographie en 2027 et 2028. Les investissements dans l’IA poussent TSMC, Samsung, Intel et les fabricants de mémoire à préparer de nouvelles usines, mais les équipements indispensables à leur fonctionnement ne se multiplient pas aussi vite que les commandes.
Tesla a enfin présenté une nouvelle version du Roadster, près de neuf ans après le premier prototype. Et la démonstration ne s’est pas limitée à une accélération sur une ligne droite : le nouveau Roadster a quitté le sol, effectué une rotation et franchi une rangée de véhicules grâce à des technologies développées avec SpaceX.
Des ventilateurs créent une dépression sous la voiture afin de renforcer son adhérence, tandis que des propulseurs à gaz froid produisent la poussée nécessaire aux mouvements aériens. Tesla vise désormais un début de production en 2028, sans avoir encore communiqué les prix définitifs ni les dates de livraison. La sportive existe donc au-delà d’une image de synthèse, mais elle reste encore loin du parking du premier client.
Sur les chantiers, la robotique progresse de façon moins spectaculaire et beaucoup plus concrète. Le robot DALE, développé par DEWALT et August Robotics, a déjà percé plus de 385 000 trous dans les dalles de 44 phases de construction de data centers. Son fabricant annonce une précision supérieure à 99 % et une cadence pouvant être dix fois plus rapide qu’avec une méthode traditionnelle.
DALE ne cherche pas à devenir un humanoïde polyvalent. Il repère les emplacements indiqués dans les plans, se déplace puis réalise verticalement une tâche répétitive et physiquement éprouvante. Cette spécialisation explique probablement pourquoi il peut déjà afficher un véritable bilan industriel, pendant que de nombreux robots généralistes excellent surtout dans les vidéos de démonstration.
Le Google Play Store a laissé passer deux copies particulièrement visibles de services pourtant difficiles à confondre. Les fausses applications reprenaient les noms, les icônes et les descriptions de WhatsApp et Chrome, tout en bénéficiant d’annonces sponsorisées pouvant les placer au-dessus des versions officielles.
La copie de WhatsApp a dépassé les 500 000 téléchargements. Celle de Chrome avait été installée plus de 100 000 fois avant son retrait. L’utilisation du programme Accès anticipé empêchait en outre l’affichage d’avis publics, supprimant l’un des signaux qui auraient pu alerter les utilisateurs. Une boutique contrôlée réduit certains risques, mais elle ne remplace manifestement pas la vérification du nom du développeur.
La Californie a connu un incident autrement plus grave par l’intermédiaire d’un prestataire du ministère de l’Éducation. La fuite scolaire concerne potentiellement plusieurs millions d’élèves inscrits au cours des trois dernières années. Un compte compromis a permis l’accès à un serveur sécurisé pendant près de quatre mois.
Les fichiers copiés peuvent contenir des noms, adresses, dates de naissance, établissements, résultats scolaires, langues principales et informations relatives à certains handicaps ou aménagements d’examen. Aucune carte bancaire n’est nécessaire pour rendre une telle base extrêmement sensible : ces renseignements durent souvent plus longtemps qu’un mot de passe et permettent de construire des messages frauduleux très crédibles.
Netflix va supprimer environ 1 000 emplois, soit près de 6 % de ses effectifs mondiaux. Les licenciements de Netflix toucheront notamment les équipes produit, technologie, juridique et ressources humaines, alors même que l’entreprise reste très rentable.
La plateforme cherche surtout à concentrer ses ressources sur la publicité, les événements en direct, le sport et les podcasts vidéo. Cette réduction n’indique donc pas nécessairement une crise du streaming, mais plutôt une réorganisation de ses priorités après plusieurs années passées à multiplier les projets.
La restructuration de TomTom répond à une pression différente. Le spécialiste de la cartographie supprimera environ 200 postes après un recul de 6 % de son chiffre d’affaires trimestriel. L’entreprise mise désormais davantage sur la conduite automatisée, l’intelligence géographique et l’ouverture de ses données aux agents IA. Les GPS autonomes ont presque disparu des tableaux de bord ; TomTom espère que les assistants numériques auront encore besoin de savoir où ils vont.
Sur Mars, Perseverance vient de dépasser Opportunity et de devenir le véhicule ayant parcouru la plus grande distance à la surface d’un autre monde. Le record de Perseverance atteint désormais 45,22 kilomètres, contre 45,16 kilomètres pour son prédécesseur.
La comparaison illustre aussi les progrès de la navigation robotique. Opportunity avait mis près de quinze ans pour établir son record, tandis que Perseverance l’a dépassé après environ cinq ans et demi d’activité. Le rover continue parallèlement à collecter des échantillons et à explorer le cratère Jezero, preuve qu’il ne s’est pas contenté de transformer Mars en piste d’endurance.
Le CERN et Mistral préparent enfin le projet Flare, un modèle de fondation entraîné non sur des textes, mais sur des milliards de collisions proton-proton simulées. Il doit reconstruire les événements enregistrés par le Grand collisionneur de hadrons, identifier les particules et repérer des phénomènes atypiques. L’accord reste encore un principe de collaboration : avant de chercher une nouvelle physique, les chercheurs devront mesurer les incertitudes du modèle, confronter ses résultats aux méthodes établies et vérifier qu’il n’a pas simplement appris les biais de ses simulations.
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