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Anthropic, qui a récemment lancé Sonnet 5, ouvre un programme interne de découverte de médicaments consacré aux maladies négligées, tout en développant Claude Science pour les laboratoires pharmaceutiques. Présentée lors d’un événement à San Francisco, cette stratégie place l’entreprise dans une position rare : vendre des outils à l’industrie tout en menant ses propres travaux de recherche.

Anthropic assume ce choix comme un moyen d’ancrer ses modèles IA dans la réalité du terrain. Eric Kauderer-Abrams, responsable du pôle sciences de la vie chez Anthropic , a expliqué que l’entreprise agit ainsi parce qu’elle estime devoir « vivre cette expérience aux côtés de tous les acteurs du secteur afin de construire les bons modèles, produits et outils pour accélérer l’industrie ». Le dirigeant ajoute que l’entreprise croit à « la puissance de boucles de rétroaction étroites » et qu’« il n’existe aucun substitut au fait d’avoir sa propre expérience à vos côtés, sur le terrain, en essayant de développer des médicaments ».
Avec ce programme, Anthropic compte faire émerger ses propres pistes thérapeutiques, en ciblant des pathologies que la biopharma traditionnelle juge peu attractives sur le plan commercial, en plus de fournir une couche logicielle aux laboratoires. Ce positionnement peut créer des synergies fortes entre un usage interne et un produit vendu aux clients.
La société d’intelligence artificielle défend d’ailleurs cette orientation par son statut de société d’intérêt public. Un porte-parole d’Anthropic dit à CNBC que l’entreprise peut « choisir des programmes en fonction du bénéfice pour les patients, y compris des travaux que le marché commercial ignore ». Cela lui permet de justifier un effort sur des maladies souvent laissées de côté par les grands groupes pharmaceutiques.
Ce choix soulève aussi une question plus sensible pour ses futurs clients. Un laboratoire qui adopte Claude Science pourrait voir Anthropic comme un partenaire technologique, mais aussi comme un acteur engagé sur certains terrains de recherche. La promesse d’un apprentissage accéléré grâce à l’expérience directe devra donc cohabiter avec une exigence de confiance, de cloisonnement et de clarté sur les priorités de l’entreprise.
Anthropic s’inscrit dans une longue série de tentatives menées par la tech dans la santé. Google a multiplié les initiatives dans ce domaine, notamment via DeepMind puis Isomorphic Labs. Apple a cherché à imposer ses services et ses capteurs dans le suivi médical, tandis qu’Amazon a investi avec Amazon Health Services, One Medical et PillPack. En 2020, Amazon a même lancé sa propre pharmacie en ligne.
Le bilan global reste contrasté. Les ambitions sont élevées, mais la santé oppose des contraintes réglementaires, scientifiques et industrielles bien plus lourdes que celles des marchés logiciels classiques. Anthropic tente de contourner cet obstacle en rapprochant au maximum le développement de ses modèles IA des besoins concrets des biologistes, des chimistes et des équipes de découverte.
L’entreprise entre ainsi dans une compétition déjà dense face à des sociétés nées autour de l’IA comme Insilico ou Isomorphic Labs, mais aussi face aux start-up biotech et aux grands laboratoires. Son pari consiste à faire de la recherche un levier produit et de son produit un outil de recherche. Le succès de cette stratégie dépendra autant de la qualité de Claude Science que de la capacité d’Anthropic à transformer cette ambition en médicaments crédibles.
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