Google ne se contente plus de soutenir Anthropic comme un partenaire technologique : il accepte désormais de le financer à une échelle qui en fait aussi un rival encore plus puissant. Avec jusqu’à 40 milliards de dollars engagés, dont 10 milliards de dollars immédiatement, l’accord montre surtout qu’Anthropic a transformé le succès de Claude Code en levier pour attirer à la fois du capital massif et des capacités de calcul géantes.

Google renforce l’une des start-up les plus menaçantes dans la course à l’intelligence artificielle tout en consolidant sa propre activité cloud et ses ventes de puces dans une relation où les deux groupes sont partenaires sur l’infrastructure et concurrents sur les usages.
L’accord annoncé auprès de Bloomberg repose sur deux piliers. Le premier est financier : Google investit 10 milliards de dollars en numéraire sur une base de valorisation de 350 milliards, avec 30 milliards supplémentaires promis si Anthropic atteint certains objectifs de performance. Le second pilier est industriel. Google Cloud doit fournir à Anthropic 5 gigawatts de capacité de calcul sur cinq ans, avec plusieurs gigawatts supplémentaires possibles, ce qui donne à la start-up un accès gigantesque à l’infrastructure au moment où la puissance de calcul devient l’un des vrais facteurs limitants du secteur de l’IA.
L’argent compte, mais les TPU de Google comptent tout autant
Ce volet infrastructure est loin d’être secondaire. Anthropic est déjà un gros client des puces TPU et du cloud de Google, deux activités que le groupe cherche à faire grandir alors que son moteur historique, la publicité dans la recherche, arrive à un stade plus mature.
Les TPU jouent ici un rôle central car ils constituent l’une des alternatives les plus crédibles aux puces de Nvidia. Pour Anthropic, obtenir davantage de TPU revient donc à sécuriser une ressource essentielle pour entraîner et faire tourner des modèles IA de plus en plus gourmands.
Ce nouvel engagement prolonge d’ailleurs une relation déjà entamée. L’an dernier, Google avait indiqué pouvoir fournir jusqu’à 1 million de TPU à Anthropic dans un accord valant des dizaines de milliards de dollars, après avoir déjà investi environ 3 milliards dans la start-up.
Claude Code change l’échelle d’Anthropic
Si Anthropic peut aujourd’hui négocier à ce niveau, c’est d’abord parce que Claude Code a changé sa trajectoire. La société accélère ses levées de fonds à mesure que l’outil de programmation s’impose comme un outil de référence chez les ingénieurs dans le monde de la tech, y compris chez certains employés de Google.
Cette dynamique attire aussi d’autres soutiens majeurs. Anthropic a annoncé plus tôt cette semaine 5 milliards de dollars supplémentaires d’Amazon, avec une option pour 20 milliards de plus au fil du temps, tandis que la société préparerait déjà une possible introduction en Bourse dès octobre.
L’essor ne se limite pas au code. Anthropic affirme aussi voir grandir rapidement Claude Cowork, un agent IA plus large qui ne demande pas de savoir programmer et vise des tâches plus variées.
Tout cela renforce la tension stratégique du moment. Google apporte à Anthropic l’argent, le cloud et les puces dont la start-up a besoin, alors même que ses propres dirigeants s’inquiètent de la domination prise par Anthropic dans le codage par IA et de la bataille plus large pour imposer ces outils dans les entreprises. Après tout, Google propose un chatbot concurrent, à savoir Gemini.