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L’Union européenne autorise à nouveau les plateformes à détecter des images et vidéos pédopornographiques dans les messages privés des utilisateurs, et ce de manière temporaire jusqu’en avril 2028. Les conversations protégées par un chiffrement de bout en bout restent hors du champ de cette autorisation.

Cette exemption relance une question qui traverse tout le débat : la protection des enfants justifie-t-elle de donner accès à des messages privés ? Les partisans du texte répondent par l’urgence : combler un vide juridique ouvert depuis avril, faute de règles claires sur la détection volontaire par les plateformes.
Les détracteurs répondent par le droit fondamental : scanner des messages, même non chiffrés, constitue selon eux une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée. Cette tension entre la sécurité et les libertés individuelles n’a rien de nouveau, mais elle prend une dimension inédite quand elle s’applique à l’ensemble des messageries européennes. Cela a pour nom Chat Control.
Le vote a montré des lignes de fracture qui dépassent les clivages partisans habituels. L’Allemagne s’oppose au texte, tandis que le Danemark le soutient, aux côtés d’associations de protection de l’enfance et d’une partie des eurodéputés. En face, une coalition de plateformes, d’autres eurodéputés et d’États membres a porté la campagne « Stop Chat Control » sur les réseaux sociaux. Ce bras de fer entre le Parlement européen et les États membres a fini par produire un compromis : la détection reste autorisée, mais elle n’est pas obligatoire.
L’eurodéputé Patrick Breyer résume l’objection technique en une phrase : la mesure ne fait que donner une « illusion de sécurité offerte par la surveillance de masse ». Selon lui, les enquêtes efficaces contre la pédocriminalité restent les « enquêtes ciblées, menées sous couverture », pas le scan généralisé des messages. Le périmètre réel du dispositif illustre cette limite :
Nathalie Meurens de l’ECLAG (une coalition d’ONG de protection de l’enfance) tire la conclusion politique de cette impasse : « des mesures d’urgence ne peuvent pas devenir la norme ». Elle appelle l’UE à « mettre en place un cadre juridique durable » avant l’échéance d’avril 2028, faute de quoi le même bras de fer institutionnel se rejouera, sans avoir résolu la question du chiffrement.
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