Shein vient d’alourdir encore son contentieux français avec deux nouvelles amendes infligées par la répression des fraudes (DGCCRF), pour un total de 22 millions d’euros. À elles seules, elles portent à plus de 210 millions d’euros le montant cumulé des sanctions prononcées ces dernières années contre le géant asiatique du commerce en ligne en France.

Le dossier ne se limite plus à un litige ponctuel sur une pratique commerciale. Il s’inscrit désormais dans une confrontation plus large entre la plateforme, les autorités publiques et une partie du commerce français qui dénoncent un modèle reposant sur un respect insuffisant des règles appliquées aux autres acteurs du marché. Le ministre du Commerce, Serge Papin, parle d’ailleurs de « concurrence déloyale » et accuse Shein de faire « l’économie de la conformité à nos règles et de la protection du consommateur ».
Retours, traçabilité et microplastiques dans le viseur
La DGCCRF reproche d’abord à Shein, en tant que marque de mode, de ne pas respecter le délai de rétractation de 14 jours sur certains produits. L’administration lui reproche aussi de ne pas fournir certaines informations obligatoires sur la traçabilité des vêtements, notamment les pays de tissage, de teinture et de confection. À cela s’ajoute l’absence de mention sur les microplastiques contenus dans certains tissus, en particulier le polyester, alors même que ces particules se libèrent lors des lavages en machine et finissent rejetées dans l’eau.
Shein conteste ces griefs sur le fond. Sur le droit de rétractation, l’entreprise affirme que la DGCCRF mélange l’obligation légale et sa propre politique commerciale de retour, qu’elle présente comme plus favorable. Sur les informations environnementales, la plateforme évoque un « incident technique temporaire ». Ces nouvelles sanctions découlent d’une vaste enquête menée en 2025 sur plusieurs plateformes d’e-commerce, surtout extra-européennes, et prolongent un premier contentieux sur les microplastiques qui avait déjà valu à Shein une amende de 1,09 million d’euros l’an dernier.
La répression des fraudes ne s’est pas arrêtée à l’activité de marque. Elle a aussi sanctionné Shein en tant que plateforme mettant en relation des clients avec des vendeurs partenaires. Lors de la confirmation de commande, l’administration a relevé l’absence du prix unitaire de chaque produit, des délais de livraison, ainsi que des informations relatives à l’identité des vendeurs partenaires et à leurs coordonnées.
Le point de friction le plus précis porte sur la notion de support durable. Shein fait valoir que ces informations restent accessibles depuis le compte client et considère donc cette solution comme conforme. La DGCCRF rejette cette vision, en estimant qu’un compte effacé par l’utilisateur fait disparaître ces données, ce qui empêche justement leur conservation.
Shein dénonce des sanctions « manifestement disproportionnées et discriminatoires » et annonce qu’elle les contestera « fermement » dans leur intégralité. Cette ligne de défense intervient alors que le passif réglementaire français du groupe est déjà très lourd. La CNIL a infligé à Shein une amende de 150 millions d’euros pour non-respect de la législation sur les cookies, tandis que la DGCCRF l’avait déjà sanctionnée de 40 millions d’euros pour fausses promotions et informations trompeuses, notamment sur l’environnement.