Google se retrouve pris entre deux mouvements contraires sur YouTube : plus de 200 spécialistes de l’enfance réclament le retrait des vidéos générées par intelligence artificielle des recommandations pour les enfants, alors même que le groupe a récemment investi dans Animaj, un studio d’animation IA pour le jeune public. Cette contradiction replace la question non sur la seule innovation, mais sur la façon dont YouTube choisit ce qu’il pousse aux enfants.

Les signataires de la lettre adressée à Sundar Pichai (patron de Google) et Neal Mohan (patron de YouTube) ne s’attaquent pas à toute création assistée par IA. Ils visent des vidéos qu’ils décrivent comme des contenus de faible qualité (les fameux contenus « AI slop »), produits en masse et pensés avant tout pour capter l’attention plutôt que pour transmettre quelque chose.
Des vidéos IA mises en avant pour les enfants
Leur demande est précise : retirer les vidéos générées par IA des recommandations pour enfants sur YouTube et YouTube Kids. À leurs yeux, le problème ne vient pas seulement de l’existence de ces contenus, mais du fait que la plateforme les met activement sur le chemin des plus jeunes.
La critique porte aussi sur les effets potentiels de cette mécanique. La lettre soutient que ces vidéos peuvent avoir un impact sur l’attention des enfants, brouiller la frontière entre le réel et le faux et étendre encore le temps d’écran au détriment des interactions sociales notamment.
Les auteurs du texte vont plus loin en décrivant YouTube comme un élément d’une « expérience incontrôlée » sur les enfants. Selon eux, la plateforme pousse des contenus générés par IA sans preuve claire qu’ils apportent un bénéfice réel au jeune public.
YouTube défend son dispositif, pas sa stratégie
YouTube répond qu’il n’ignore pas le sujet. Un porte-parole affirme à Bloomberg que la plateforme limite déjà les contenus générés par IA sur YouTube Kids à un ensemble plus restreint de chaînes validées, impose aux créateurs de signaler l’usage de l’IA et pénalise les contenus assimilés à du spam ou à de la production de masse.
Ces garde-fous ne convainquent pas les critiques. Leur contestation prend d’autant plus de poids que Google a récemment investi dans Animaj, ce qui alimente l’idée d’un signal contradictoire envoyé au marché des vidéos IA pour enfants.
Les opposants à cette tendance estiment que ce type d’investissement peut encourager encore plus de temps d’écran, y compris chez les bébés et les tout-petits qui, selon eux, ne devraient pas en avoir du tout.
Cette offensive vise Google dans une période déjà sensible pour ses plateformes. Le groupe subit une pression croissante sur l’impact de ses services sur les jeunes utilisateurs et un récent verdict de jury aux États-Unis a jugé Google/YouTube et Meta responsables dans une affaire liée à l’addiction aux réseaux sociaux.
Les deux entreprises comptent faire appel. Mais cette nouvelle contestation sur YouTube Kids ajoute une question plus précise à la pression existante : jusqu’où Google veut-il laisser l’IA créer des vidéos visant les enfants ?
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