Netflix se retire de la course au rachat de Warner Bros Discovery. Après que le conseil d’administration de Warner Bros Discovery a qualifié la nouvelle offre de Paramount Skydance de « proposition supérieure », les co-patrons de Netflix, Ted Sarandos et Greg Peters, ont renoncé à surenchérir, ouvrant la voie à David Ellison pour s’emparer d’un des plus grands conglomérats médiatiques américains.

La décision met fin à une guerre d’enchères de plusieurs mois autour d’un actif qui regroupe les studios Warner Bros, HBO, HBO Max, CNN et de nombreuses chaînes de télévision câblées. Si Netflix avait sécurisé un accord de près 83 milliards de dollars en décembre, Paramount Skydance (détenu par David Ellison, fils du fondateur d’Oracle Larry Ellison) n’a cessé de revenir à la charge avec des propositions toujours plus agressives. Sa neuvième offre depuis 2025 a finalement emporté la décision du conseil d’administration.
Paramount va acquérir Warner Bros, Netflix jette l’éponge
L’offre révisée de Paramount valorise Warner Bros Discovery à environ 111 milliards de dollars, soit 31 dollars par action en numéraire, contre 30 dollars lors de sa proposition précédente et bien au-dessus des 83 milliards de dollars de Netflix. Mais c’est la structure de protection financière qui a fait la différence : Paramount s’engage à verser une indemnité de résiliation réglementaire de 7 milliards de dollars si le régulateur bloque l’opération, à prendre en charge les 2,8 milliards de dollars de pénalité de rupture dus à Netflix et à verser une prime trimestrielle de 25 centimes par action si la clôture dépasse l’automne 2026. Paramount a également supprimé les conditions antérieures liées aux performances du portefeuille câblé de Warner Bros Discovery et s’est engagé à injecter des fonds propres supplémentaires si nécessaire.

Face à ces conditions, Netflix a choisi de ne pas s’aligner. « La transaction que nous avions négociée aurait créé de la valeur pour les actionnaires avec une voie claire vers l’approbation réglementaire », ont déclaré Ted Sarandos et Greg Peters dans un communiqué. « Cependant, nous avons toujours été disciplinés et au prix requis pour égaler la dernière offre de Paramount Skydance, l’opération n’est plus financièrement attractive, nous déclinons donc de surenchérir ». Les co-patron ont ajouté : « Mais cette transaction a toujours été considérée comme « intéressante » à un prix raisonnable et non comme « indispensable » à n’importe quel prix ».
Une victoire à fort enjeu réglementaire et politique
Le retrait de Netflix a provoqué une réaction immédiate sur les marchés : l’action Netflix a progressé de 9 % en post-séance à la Bourse, les investisseurs saluant le fait que le groupe ne se charge pas d’actifs médiatiques traditionnels en déclin. Le rachat Warner Bros Discovery par Paramount, en revanche, reste soumis à un risque réglementaire important : elle crée un géant des médias comparable à Disney ou NBCUniversal de Comcast, et devra passer par un examen approfondi du département américain de la Justice. Il faudra également le feu vert d’autres régulateurs dans le monde, dont en Europe.
Il ne faut pas non plus zapper la dimension politique de ce dossier. Donald Trump s’était publiquement immiscé dans le processus, interpellant Netflix au sujet de sa administratrice Susan Rice, ancienne conseillère à la sécurité nationale sous Barack Obama. Fait de calendrier notable : Ted Sarandos se trouvait à la Maison-Blanche pour des entretiens avec des proches du président américain au moment précis où Netflix annonçait son retrait.