La Commission européenne s’apprête à désigner Amazon Web Services (AWS) et Microsoft Azure comme contrôleurs d’accès (gatekeepers) au sens du Digital Markets Act (DMA), selon des conclusions préliminaires attendues la semaine prochaine et révélées par Bloomberg. Une décision finale est espérée d’ici la fin de l’année et obligera les deux géants du cloud à ouvrir leurs écosystèmes sur le sol européen.

La Commission européenne justifie cette offensive par un constat sans appel : AWS et Azure occupent des positions très fortes sur le marché du cloud, une domination qui a cessé d’être abstraite lorsque de graves pannes de serveurs ont paralysé des entités de premier rang à l’automne dernier et au-delà. Une défaillance d’Amazon d’environ 15 heures a bloqué les vols de la compagnie aérienne Alaska Airlines et a suspendu les votes du Parlement écossais. Les incidents d’Azure ont quant à eux frappé des multinationales dont Apple et McDonald’s, démontrant le danger d’un marché hyper-concentré avec deux acteurs américains.
C’est précisément cette enquête, lancée en novembre dernier, qui aboutit aujourd’hui à la qualification probable de contrôleurs d’accès pour AWS et Azure. Les obligations qui en découlent sont les suivantes :
- garantir l’interopérabilité avec des systèmes concurrents
- mettre fin aux pratiques de verrouillage des clients qui rendent la migration vers un autre prestataire coûteuse et complexe
- interdire toute forme d’auto-préférence favorisant leurs propres services au détriment des alternatives.
La régulation européenne agace Donald Trump
Le DMA commence à afficher un bilan financier qui donne le vertige aux entreprises américaines : Apple a déjà écopé de 500 millions d’euros d’amende, là où Meta a eu une amende de 200 millions d’euros. L’extension du dispositif aux infrastructures cloud d’Amazon et Microsoft franchit un nouveau palier symbolique, en ciblant cette fois le socle technique sur lequel repose une part croissante de l’économie mondiale.
Cette escalade réglementaire complique sérieusement les négociations commerciales transatlantiques et suscite la colère ouverte du président américain Donald Trump, pour qui ces procédures européennes s’apparentent à une forme de protectionnisme déguisé visant ses champions nationaux. Ce qui relève en apparence d’une régulation des infrastructures numériques se transforme progressivement en dossier diplomatique à part entière, pris en étau entre la volonté de la Commission européenne de réduire sa dépendance technologique étrangère et la sensibilité croissante des États-Unis à toute mesure perçue comme une attaque contre ses géants du numérique.
Dans le même temps, l’Europe a reconnu cette semaine être en retard pour tout ce qui touche le cloud, les data centers et le reste en rapport avec la souveraineté numérique.