La Commission européenne hausse brutalement le ton contre Meta en lui ordonnant de rétablir sous cinq jours ouvrables l’accès gratuit de WhatsApp aux chatbots d’intelligence artificielle concurrents de Meta AI. La mesure, prise avant même la fin de l’enquête, replace la bataille de l’IA sur un terrain simple : une plateforme dominante peut-elle faire payer ses rivaux pour rester visibles dans un service clé ?

L’exécutif européen estime que l’accès payant mis en place par Meta risque de causer un grave préjudice à la concurrence sur le marché en plein essor des assistants IA généralistes. En cas de refus, Meta s’expose à une sanction pouvant atteindre 10 % de son chiffre d’affaires annuel, ce qui donne à cette injonction un poids immédiat.
Ce bras de fer s’est construit en deux temps. À la fin 2025, Meta avait d’abord exclu de WhatsApp les chatbots concurrents de Meta AI, en invoquant la pression technique croissante exercée sur ses systèmes et l’absence de compensation pour les coûts supplémentaires. En mars, le groupe avait tenté de désamorcer la procédure en rouvrant l’accès, mais contre un paiement de « frais de structure ». Pour Bruxelles, ce correctif restait contraire aux règles européennes de concurrence.
WhatsApp devient un point d’accès stratégique pour l’IA
La décision révèle la valeur nouvelle des grandes messageries dans la course à l’IA. WhatsApp n’est plus seulement un canal de communication grand public. C’est aussi une porte d’entrée potentielle vers les chatbots et donc un espace où un acteur dominant peut favoriser sa propre technologie en compliquant l’arrivée des autres.
Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission chargée de la Concurrence, l’assume ouvertement. Selon elle, l’Union européenne ne peut pas laisser les grands groupes numériques utiliser leur position acquise pour décider quels acteurs auront le droit de rivaliser et d’innover dans l’intelligence artificielle. Elle présente aussi cette intervention comme un moyen de préserver le libre choix des Européens quant aux chatbots IA qu’ils souhaitent utiliser dans WhatsApp.
Meta adopte la position inverse. Le groupe juge la décision totalement infondée et annonce faire appel. Une porte-parole du groupe affirme à certains médias que la Commission européenne autorise OpenAI et certaines des plus grandes entreprises du monde à utiliser gratuitement des fonctions payantes de WhatsApp, et dénonce un abus de pouvoir.
Une décision qui dépasse Meta
L’Union européenne n’avait plus ordonné d’intervention de cette nature depuis 2019. L’UE envoie ainsi un signal clair : elle est prête à agir rapidement quand elle estime qu’une plateforme peut verrouiller un marché avant même que l’enquête de fond n’aboutisse.
L’affaire ne concerne d’ailleurs pas seulement Meta. La Commission européenne veut aussi obliger Google à mieux ouvrir Android aux chatbots IA concurrents. Apple, de son côté, accuse déjà la Commission de retarder dans l’Union européenne le lancement de Siri AI en lien avec iOS 27, en soutenant qu’une application trop rigide des règles nuit à la sécurité et à la confidentialité des données. Le cas de WhatsApp apparaît donc comme un épisode d’une confrontation plus large.