Orange, Bouygues Telecom et Free ont conclu un accord avec Patrick Drahi en avril pour lancer des négociations exclusives et racheter SFR pour 20,35 milliards d’euros, mais la finalisation juridique de cette opération accumule les retards et cristallise plusieurs points de friction majeurs.

Un protocole d’accord bloqué par les garanties financières
La signature du protocole d’accord, initialement attendue le 15 mai, a été repoussée au 5 juin. Selon Les Échos, cette nouvelle échéance n’est elle-même pas garantie : une source proche des négociations indique avoir « bon espoir que cette deadline soit tenue », tout en précisant qu’« à ce stade, il n’y a pas de certitude qu’elle soit maintenue ». Au-delà du volume considérable de documents juridiques à préparer, c’est la structure financière de l’accord qui concentre les discussions.
En plus du prix de vente de 20,35 milliards d’euros, l’offre de rachat de SFR inclurait un complément de prix pouvant atteindre 650 millions d’euros. Ce mécanisme, dont les critères, le montant et les modalités de versement restent à définir précisément, est particulièrement sensible compte tenu de la situation économique dégradée de l’opérateur au logo rouge. Une source proche du consortium résume l’enjeu : « L’idée n’est pas de récupérer une société au bord du précipice. Donc, il faut trouver un moyen de garantir que SFR continue à investir dans ses réseaux pour rester à flot ».
Le protocole d’accord pourrait ainsi fixer des seuils minimaux d’investissements dans les infrastructures, un point central pour un consortium dont la reprise des réseaux de SFR constitue l’un des objectifs prioritaires.
Une course contre la montre pour garder le dossier en France
Parallèlement aux négociations financières, le consortium regroupant Orange, Bouygues Telecom et Free cherche à faire examiner l’opération par l’Autorité de la concurrence française plutôt que par la Commission européenne, réputée plus sévère sur les grandes opérations de consolidation. Cette préférence pour un examen à la maison conditionne directement le calendrier : Orange doit déposer sa demande de pré-notification avant la finalisation de son propre rachat de l’opérateur MásOrange en Espagne, attendue d’ici à la fin juin. Passé ce délai, le dossier d’Orange risque d’atterrir à Bruxelles.
Free, de son côté, présentera d’emblée son dossier auprès de la Commission européenne, ce qui complique la stratégie d’ensemble. La Commission européenne a certes publié le 30 avril un projet de révision de ses lignes directrices sur les fusions-acquisitions, mettant en place une « analyse dynamique » permettant de valoriser les bénéfices à long terme d’un rachat. Mais un observateur du secteur tempère : « Pour les télécoms, les gains d’efficience nécessitent une période de presque dix ans », ce qui rend incertaine l’application concrète de ce nouveau cadre.
Si le dossier d’Orange venait malgré tout à être présenté à Bruxelles, une source proche des discussions juge probable qu’une « forte pression » s’exercerait pour obtenir son renvoi vers l’autorité française afin de garantir un examen unique de l’opération.