Orange, Bouygues Telecom et Free finalisent une nouvelle offre de rachat de SFR, plus élevée que celle rejetée par Patrick Drahi en octobre dernier. « C’est une question de quelques semaines pour savoir si on y va ou pas », confie un des prétendants auprès de L’Informé. L’horloge tourne pour des raisons qui dépassent la simple négociation commerciale.

Orange veut boucler l’acquisition de MasOrange en Espagne avant la fin du premier semestre. Cette opération modifiera la structure de son chiffre d’affaires hors de France, avec une conséquence directe : le rachat de SFR devrait ensuite être soumis aux autorités de concurrence européennes, et non françaises, un changement de terrain réglementaire qui complexifie le calendrier.
Patrick Drahi (SFR) veut 23,6 milliards d’euros
Le prix reste l’obstacle central, particulièrement pour Bouygues Telecom, appelé à reprendre la plus grande part des actifs. En octobre, le trio avait proposé 17 milliards d’euros, dont 43 % financés par la filiale de Bouygues, pour une valorisation totale de 21 milliards. Il se trouve qu’Altice, la maison-mère de SFR, a refusé l’offre. Patrick Drahi a implicitement fixé un prix plancher à 23,6 milliards d’euros, seuil au-delà duquel l’accord de ses créanciers n’est plus requis pour conclure l’opération. La nouvelle offre du consortium couvrira un périmètre plus large et un montant plus élevé. Signe de la tension persistante : les représentants de Patrick Drahi, à savoir Dexter Goei et Malo Corbin, ont voulu rompre les pourparlers il y a quelques semaines avant de se raviser.
Un accord aurait été trouvé sur la modalité de cession, longtemps disputée : SFR sera vendu en bloc et non à la découpe, ce qui détermine qui assumera son passif. Et ce passif est substantiel :
- 1,1 milliard d’euros de redressements fiscaux liés à des montages TVA.
- 196 millions d’euros de litiges provisionnés.
- Les risques liés aux fautes graves présumées d’Armando Pereira, associé de Patrick Drahi, mis en examen au Portugal pour blanchiment et corruption, même si plusieurs dossiers sensibles auraient été réglés ces derniers mois.
En cas d’échec, tout le monde perd, mais pas pareil
Un échec des négociations ferait chuter en Bourse Orange et Bouygues, dont les cours sont portés depuis des mois par l’anticipation de cette consolidation.
Du côté de Patrick Drahi, les options alternatives existent mais sont toutes moins favorables. Une vente à la découpe du réseau d’infrastructure NetCo ou de SFR Business a déjà été sondée auprès de fonds d’investissement.
Un rachat en bloc par un acteur étranger, dont les noms d’Etisalat, STC et KKR ont circulé, rapporterait bien moins : sans consolidation du marché français, aucune synergie n’est créée. Les analystes de JP Morgan évaluaient SFR à 20,5 milliards d’euros vendu à ses concurrents, contre 16,1 milliards d’euros « seulement » dans un scénario sans consolidation, soit cinq fois l’EBITDA (excédent brut d’exploitation) prévu en 2027, à savoir le ratio moyen du secteur.
Quant à conserver SFR, cette option devient de moins en moins réaliste : l’opérateur porte 16 milliards d’euros de dette, son chiffre d’affaires a reculé de 9,3 % au troisième trimestre à 2,26 milliards d’euros et son EBITDA a chuté de 11,4 % à 764 millions d’euros.
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