L’Arcom a transmis au régulateur belge un dossier visant Telegram pour sa gestion jugée trop lente des flux de streaming illégaux de compétitions sportives, notamment le football. Cette première offensive européenne fondée sur le DSA (Digital Service Act) relance un enjeu central pour les diffuseurs : couper les retransmissions pirates pendant le direct.

Pour la première fois, l’Arcom a adressé à un homologue européen une plainte accompagnée de son avis, en l’occurrence à l’IBPT belge, puisque Telegram y a désigné son représentant légal.
L’enjeu dépasse la seule suppression de vidéos pirates après coup. Telegram est accusé d’avoir laissé circuler en 2024 des milliers de matchs piratés, tous sports confondus avec le football en première ligne, et surtout de ne pas avoir traité assez vite les alertes envoyées par les ayants droit.
Dans ce type de fraude, quelques minutes font la différence. L’Arcom reproche à la plateforme non seulement des retraits trop lents, mais aussi le maintien des comptes à l’origine des flux pirates, ce qui permet la recréation presque immédiate de nouvelles retransmissions.
Telegram conteste cette appréciation auprès des Échos et assure s’attacher « à traiter avec réactivité tous les signalements de violation de droits d’auteur émanant des signaleurs de confiance et des associations professionnelles, avec des délais de réponse supérieurs aux standards du secteur ». L’APPS, à l’origine de la saisine fin 2025, reconnaît d’ailleurs une amélioration récente de l’application par rapport à la période étudiée.
Une possible amende pour Telegram
Le régulateur fonde son analyse sur le DSA européen qui impose aux plateformes de traiter les alertes en temps opportun. Dans le sport en direct, cette exigence est décisive : interrompre du streaming illégal après le coup de sifflet final ne réduit plus réellement le préjudice pour les diffuseurs.
La pression s’est encore matérialisée fin avril. Entre le 21 et le 28 avril, l’Arcom a demandé le blocage de 350 noms de domaine diffusant illégalement des contenus sportifs, dont 115 pour la seule rencontre de Ligue des champions entre le PSG et le Bayern de Munich le 28 avril.
Les risques pour Telegram sont élevés. La plateforme s’expose à une amende pouvant aller jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires mondial, avec en ultime recours une suspension temporaire dans l’Union européenne.
Le sport veut passer au blocage immédiat
Cette affaire arrive au moment où le secteur sportif pousse pour une réponse plus agressive. Le 18 mai, l’Assemblée nationale doit examiner la proposition de loi sénatoriale sur la réforme du sport professionnel qui prévoit notamment d’autoriser les ayants droit à obtenir des blocages en temps réel des flux pirates.
Les défenseurs de cette méthode s’appuient sur des exemples étrangers. L’Italie, l’Angleterre et l’Espagne l’ont déjà adoptée et, selon le patron de La Liga invité par l’APPS en mars, le trafic vers les sites de streaming liés au championnat espagnol a pu chuter jusqu’à 60 % pendant la retransmission des matchs.
La pression économique alimente aussi ce durcissement. Dans une étude publiée en 2024, l’Arcom évaluait le manque à gagner lié au piratage à 1,5 milliard d’euros, dont 290 millions d’euros pour la seule filière sportive.