Orange, Bouygues Telecom et Free ont récemment annoncé un accord avec Altice pour racheter SFR à hauteur de 20,35 milliards d’euros. Bouygues Telecom va payer 42 % du montant. Aujourd’hui, Olivier Roussat, le directeur général du groupe Bouygues (et ex-patron de Bouygues Telecom), vient rassurer sur la potentielle hausse de prix des forfaits et espère titiller l’opérateur numéro 1, à savoir Orange.

Bouygues Telecom a pendant longtemps été considéré comme l’opérateur le plus fragile. Avec le rachat de SFR, Olivier Roussat pense qu’il sera le principal bénéficiaire au vu de la part de 42 % et d’un retour à trois opérateurs en France. Il deviendrait ainsi le numéro 2 derrière Orange.
« Être numéro deux signifie disposer de davantage de moyens pour investir et se développer », explique Olivier Roussat dans une interview avec Les Échos. « Un numéro deux a plus de moyens pour aller chercher le numéro un. Sur le marché entreprises, ce sera difficile face à Orange, mais on a besoin d’un challenger qui conteste sa puissance. Dans le grand public, tout est possible », dit-il. Il pense que « les réseaux sont de plus en plus comparables et la croissance passe par la conquête de nouveaux clients. Plus un réseau accueille de clients, plus il devient rentable. Notre intérêt sera de continuer à nous développer pour aller chercher le numéro un ».
Vers une hausse des prix des forfaits mobiles après le rachat de SFR ?
Un autre sujet a été le prix des forfaits mobiles une fois que le rachat sera réellement bouclé (ce sera normalement au second semestre de 2027). Faut-il s’attendre à une hausse ? Le patron de Bouygues déclare :
Une opération de cette ampleur passe par une instruction qui dure généralement dix-huit mois. Pendant cette période, les autorités réalisent un test de marché et interrogent tous les acteurs concernés. Leur rôle est précisément d’empêcher qu’une consolidation se traduise par une hausse des prix. L’autorité de concurrence cherche avant tout à préserver une concurrence effective.
Elle peut imposer des remèdes, des engagements de couverture ou de qualité de service, et s’assurer qu’il existe toujours sur le marché un « maverick », c’est-à-dire un acteur capable d’animer la concurrence. Quand Bouygues Telecom est arrivé en 1996, nous avons joué ce rôle.
La doctrine européenne semble aujourd’hui moins figée sur l’idée qu’il faut nécessairement quatre opérateurs pour garantir des prix bas. La question est davantage de savoir si un marché à trois peut continuer à fonctionner de manière concurrentielle. Nous avons la conviction que c’est le cas.
À quoi bon avoir une consolidation des télécoms dans ce cas ? « Les télécoms sont une industrie de coûts fixes », répond Olivier Roussat. Il part du principe que le passage de quatre à trois opérateurs « permet de réduire cette base de coûts et donc d’améliorer la rentabilité sans augmenter les prix ». Il ajoute que « les gains dégagés peuvent ensuite être réinvestis dans les réseaux, la couverture, la qualité de service ou la résilience des infrastructures. C’est là que se situe l’intérêt économique d’une consolidation. Elle vise aussi à préserver la souveraineté numérique du pays en ancrant les infrastructures télécoms entre les mains d’industriels français ».