Après l’annonce du rachat de SFR pour 20,35 milliards d’euros, Orange, Bouygues Telecom et Free (Iliad) engagent leur contre-offensive. Les trois opérateurs savent que l’examen des autorités de la concurrence se jouera d’abord sur deux sujets explosifs : le risque de hausse des prix des forfaits et les emplois.

Pas de hausse de prix des forfaits avec le rachat de SFR selon les opérateurs
Le dossier du rachat de SFR sera transmis cette semaine aux autorités de la concurrence, après un accord conclu ce week-end avec Altice France, la maison-mère de SFR. Les dirigeants ont donc pris les devants pour contester l’idée d’une opération conçue autour d’un hausse de prix. La directrice générale d’Orange, Christel Heydemann, l’a formulé sans détour lors d’une conférence téléphonique aujourd’hui : « Cette transaction et la valeur créée par cette transaction ne viennent absolument pas d’hypothèses de prix qui augmenteraient ».
Cette affirmation sert à démontrer que le passage de quatre à trois grands opérateurs en France n’aboutira pas, selon eux, à un marché assagi. Christel Heydemann affirme vouloir rester leader en France et soutient que la rivalité entre Orange, Bouygues Telecom et Free restera aussi intense qu’auparavant. Le directeur général d’Iliad, Thomas Reynaud, s’est rangé sur la même position en présentant l’opération comme un levier d’investissement et de différenciation.
Orange, Bouygues Telecom et Free cherchent à déplacer le débat vers l’exécution même du rachat. Orange devra prendre en charge la migration d’une partie des abonnés SFR sur son réseau. Cette opération engage directement la qualité de service, la fidélisation des clients et la stabilité du nouvel ensemble au moment où la concurrence examinera chaque effet concret du rachat.

Christel Heydemann insiste d’ailleurs sur ce point pour justifier le discours sur les prix. Orange devra garder ses clients actuels tout en absorbant une base d’abonnés supplémentaire, ce qui impose de maintenir, voire d’améliorer, les performances du réseau. De son côté, Thomas Reynaud défend une logique de moyens renforcés : « On va avoir d’autant plus de moyens, d’autant plus de moyens financiers pour investir, afin de se différencier. (…) Moi, j’ai la conviction que cette opération va renforcer la concurrence ».
Orange ajoute un autre argument. Sa patronne estime que l’opération donnera davantage de force à ses concurrents sur les services aux entreprises. Cette précision permet au groupe de soutenir que la transaction ne réduira pas mécaniquement la pression commerciale sur tous les segments du marché.
8 000 emplois protégés jusqu’à début 2029, puis une zone grise
Le terrain social reste pourtant le plus sensible. Les trois opérateurs ont pris l’engagement de maintenir les 8 000 emplois de SFR concernés par le rachat jusqu’à début 2029. Cet engagement fixe un cadre immédiat, sans lever toutes les interrogations sur la suite.
Chez Orange, Christel Heydemann reconnaît explicitement l’inquiétude des salariés de SFR. Elle met en avant un besoin de mobilisation et de rétention des équipes pour conduire la migration des réseaux, qu’elle décrit comme un chantier colossal. Cette insistance sur la charge de travail vise à montrer que les compétences internes restent nécessaires pendant plusieurs années.
Après 2029, les dirigeants restent beaucoup plus prudents. Le directeur général d’Iliad promet un accompagnement responsable des transitions sans détailler de mécanisme supplémentaire. Chez Bouygues Telecom, le directeur général délégué du groupe Bouygues, Edward Bouygues, assure qu’une attention particulière sera portée aux aspects sociaux de la transaction, en particulier à l’emploi. Les trois acquéreurs ont donc posé des garanties immédiates. Ils doivent encore convaincre les autorités de la concurrence que ces engagements suffiront à encadrer une opération sans précédent.