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Washington poursuit son découplage technologique avec Pékin, et la robotique est désormais dans le viseur. Un projet de loi bipartisan, l’American Security Robotics Act, propose ainsi de limiter l’usage par les agences fédérales américaines de robots terrestres fabriqués en Chine, qu’il s’agisse d’humanoïdes, de quadrupèdes ou d’engins chenillés. Sur le papier, la logique consiste à réduire l’exposition à des technologies jugées sensibles, mais dans la pratique, le dossier révèle une contradiction nettement plus gênante pour les États-Unis : les fabricants américains de robots continuent eux-mêmes de dépendre de composants chinois !
Cette proposition s’inscrit dans une dynamique plus large : après les puces, les équipements télécoms, les drones ou encore certains routeurs, ce sont désormais les robots qui entrent dans le champ de la « sécurité nationale », une préoccupation publique qui cache souvent assez mal une politique ultra protectionniste (dont est issue la « taxe Trump » sur les produits importés aux États-Unis).

Pour certains industriels américains, cette inflexion vers plus de contrôle de la robotique chinoise représente une opportunité de gagner des parts de marché Des groupes comme Ghost Robotics, déjà bien positionnés auprès des acheteurs publics, pourraient largement profiter de l’éviction de concurrents chinois.
C’est là que le raisonnement se complique : interdire les robots chinois au niveau du produit final est une chose, mais remplacer rapidement tous les capteurs, moteurs, cartes électroniques ou sous-systèmes venus de Chine en est une autre. L’industrie robotique américaine reste jeune, ses chaînes d’approvisionnement sont encore peu matures, et beaucoup d’acteurs sont soumis à un équilibre fragile. Ces sociétés technologiques devront avoir aussi de solides arguments pour négocier avec les fournisseurs chinois tandis que de l’autre main elles profiteront des mesures protectionnistes mises en place par l’administration US.
Plusieurs observateurs pointent d’ailleurs l’absence de stratégie globale réellement cohérente. Stephen Ezell le dit sans détour : « Les États-Unis n’ont pas de stratégie sérieuse et d’ensemble pour guider leur approche de la compétition techno-économique avec la Chine. » C’est une critique qui revient souvent : les mesures se multiplient, mais donnent parfois l’impression d’une succession de « coups » plus que d’un plan industriel vraiment structuré.
Le précédent des drones reste dans tous les esprits. Un analyste rappelle ainsi qu’au lieu d’organiser une montée en puissance progressive de la production domestique, les autorités ont souvent privilégié « un basculement brusque et rapide qui a laissé l’industrie en difficulté ». La robotique terrestre pourrait suivre la même trajectoire si Washington durcit les interdictions sans sécuriser en parallèle des alternatives industrielles crédibles.
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