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Les enquêteurs du centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) ont mis fin cette semaine à Noos+, une plateforme d’IPTV illégale qui permettait d’accéder à plein de chaînes de télévision, dont Canal+, beIN Sports et Ligue 1+. L’affaire vise un réseau structuré entre la France et la Belgique, avec 250 000 abonnés et un chiffre d’affaires estimé à près de 12 millions d’euros.

Pendant un peu plus de quatre ans, Noos+ a vendu à grande échelle un service d’IPTV comprenant l’accès à des chaînes normalement payantes et à la vidéo à la demande (VOD) de Canal+, avec une promesse tarifaire sans commune mesure avec les offres légales. La plateforme attirait environ 250 000 abonnés pour une somme autour d’une cinquantaine d’euros par an ou 7 euros par mois selon l’offre mise en avant. Le différentiel de prix suffisait à installer une activité durable, dans un marché où certaines chaînes dépassent 30 euros par mois.
L’enquête, détaillée par Le Parisien, dévoile une organisation hiérarchisée. Au sommet figurait un homme de nationalité italienne vivant en Belgique, soupçonné d’avoir fondé et conçu Noos+. Autour de lui, au moins trois informaticiens de haut niveau louaient les serveurs nécessaires en France, aux Pays-Bas et au Canada. D’autres membres géraient l’administration quotidienne de l’IPTV, tandis que des revendeurs écoulaient la solution en gros vers des détaillants, puis vers les clients finaux.
Ce dispositif reposait sur une circulation d’argent bien installée. Les commissions remontaient ensuite vers la tête de réseau et vers les administrateurs de la plateforme. Les enquêteurs du C3N estiment aujourd’hui que les principaux dirigeants et administrateurs de Noos+ ont généré près de 12 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Le réseau a été frappé mardi 2 juin au cours d’une opération conduite sous la direction du parquet de Paris. Les gendarmes du centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) ont interpellé dix personnes en France. Ils ont aussi fait arrêter en Belgique l’homme présenté comme le fondateur et la tête du système.
Les gendarmes ont neutralisé le même jour les 20 serveurs utilisés pour diffuser les contenus illégaux aux abonnés de Noos+, ce qui a mis fin au service. Après une quarantaine d’heures de garde à vue, tous les suspects ont été remis en liberté. Les enquêteurs doivent maintenant analyser le matériel informatique saisi et extraire les données utiles avant de nouvelles convocations.
Les perquisitions ont livré des montants qui donnent une autre mesure au dossier. Les enquêteurs ont récupéré plus de 700 000 euros en cryptomonnaies, plus de 100 000 euros en espèces, près de 400 000 euros sur des comptes bancaires et 150 000 euros de matériel informatique ou d’objets de luxe. Ces saisies renforcent l’image d’une activité installée, rentable et organisée comme une véritable chaîne de distribution.
L’enquête a débuté après une plainte déposée en 2024 par Canal+. Le service anti-piratage du groupe avait relevé que Noos+ donnait accès à l’ensemble de ses chaînes ainsi qu’à son service de vidéo à la demande. Canal+ chiffre son préjudice à plus de 1 million d’euros. Ce montant ne permet pas, à lui seul, de mesurer le nombre réel d’abonnements légaux perdus, puisque les 250 000 clients de Noos+ n’auraient pas tous souscrit à une offre régulière. La rentabilité de la plateforme, elle, ne fait guère de doute.
L’intervention marque enfin une étape pour les enquêteurs. Le dossier de Noos+ constitue la première opération de cette ampleur menée en France contre la commercialisation d’une solution de type IPTV.
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