Anthropic a déposé son projet d’introduction en Bourse, ouvrant une nouvelle phase pour l’un des groupes les plus suivis de l’intelligence artificielle générative. Le créateur de Claude avance vers Wall Street au moment où sa valorisation, ses revenus et ses besoins d’infrastructure progressent tous à grande vitesse.

L’entreprise de San Francisco précise que rien n’est encore définitivement acté. Le dépôt transmis à la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur américain des marchés financiers, reste confidentiel, et Anthropic indique que sa décision finale dépendra des conditions de marché et d’autres facteurs. Cette procédure permet à une société de préparer son arrivée en Bourse, d’obtenir l’examen préalable du régulateur et de tester l’appétit des investisseurs sans exposer immédiatement ses chiffres à ses concurrents.
Une valorisation plus forte qu’OpenAI
La semaine dernière, Anthropic a annoncé une valorisation de 965 milliards de dollars, contre 380 milliards de dollars en février, après une levée de fonds de 65 milliards de dollars. Cette progression lui permet de dépasser OpenAI, valorisée à 852 milliards de dollars, et de devenir l’entreprise d’intelligence artificielle avec la plus grosse valorisation.
Ce changement d’échelle repose aussi sur une forte accélération commerciale. Anthropic affirme que son chiffre d’affaires annualisé, c’est-à-dire une projection sur 12 mois à partir des revenus récents, a atteint 47 milliards de dollars, contre 14 milliards de dollars au moment d’une levée de fonds de février. L’entreprise relie cette progression à l’adoption rapide de ses outils, avec Claude Code en première ligne auprès des développeurs.
La trajectoire d’Anthropic repose sur un positionnement différent de celui d’OpenAI. La société a privilégié l’IA générative pour les entreprises, pendant qu’OpenAI s’installait d’abord sur le marché grand public, où ChatGPT et Gemini de Google occupent déjà une place centrale. Ce choix donne aujourd’hui à Anthropic un récit plus directement lié aux usages professionnels et à la monétisation logicielle.
La croissance bute déjà sur l’infrastructure
Cette montée en puissance a pourtant un coût immédiat. Anthropic a rencontré des difficultés pour répondre à la demande en puissance de calcul, faute d’un nombre suffisant de puces et de serveurs déjà déployés. La question n’est donc plus seulement de financer la croissance commerciale, mais aussi de sécuriser l’infrastructure capable de la soutenir.
L’entreprise a commencé à répondre sur ce terrain en multipliant les accords pour obtenir plusieurs gigawatts de capacité de calcul. Les partenaires sont Amazon, Google, Broadcomn et plus récemment SpaceX. Cette séquence résume la situation d’Anthropic : la société attire des capitaux, accélère vers la Bourse et gagne du terrain face à OpenAI, mais elle doit en parallèle verrouiller l’accès aux ressources matérielles sans lesquelles la demande ne peut pas être absorbée.
Le dépôt d’introduction en Bourse place enfin Anthropic dans un mouvement plus large. OpenAI est aussi engagé dans une progression accélérée vers Wall Street, tandis que SpaceX figure parmi les introductions imminentes attendues par les investisseurs. Pour Anthropic, la Bourse ne servira donc pas seulement à lever de l’argent de plus. Elle doit aussi donner à l’entreprise les moyens de tenir dans une course où les modèles, les revenus et les centres de calcul grandissent désormais au même rythme.