L’industrie du jeu vidéo continue d’enchaîner les restructurations, et Eidos-Montréal est un habitué du genre. Deux ans après une première vague de licenciement, le studio canadien a annoncé aujourd’hui la suppression de 124 emplois tout en confirmant le départ de son dirigeant historique David Anfossi. Cette décision s’inscrit dans un climat toujours plus tendu pour les grands groupes du secteur, où les réorganisations s’accumulent au rythme des arbitrages budgétaires, des projets annulés et des priorités éditoriales revues à la baisse.
Un studio majeur fragilisé par une nouvelle vague de coupes
Dans sa communication, Eidos-Montréal explique que cette réduction d’effectifs découle d’une évolution des besoins sur ses projets, avec des répercussions directes sur les équipes de production comme sur les fonctions de support. Derrière cette formule classique (et un poil hypocrite) se dessine une réalité plus brutale : même des studios expérimentés, installés depuis longtemps dans le paysage AAA, ne sont plus à l’abri d’ajustements massifs.

Eidos-Montréal reste pourtant un nom important de l’industrie. Le studio a signé ou accompagné plusieurs jeux marquants au fil des années, dans des univers aussi connus que Deus Ex, Tomb Raider, ou bien encore Les Gardiens de la Galaxie. Ce pedigree assez prestigieux n’a donc manifestement pas suffi à le protéger dans un contexte où la performance financière et la rationalisation des portefeuilles priment de plus en plus sur la stabilité des équipes (et la liberté créatrice).
Le départ de David Anfossi marque la fin d’un cycle
Au-delà des licenciements, l’autre fait marquant est le départ de David Anfossi, figure de longue date du studio. Sa sortie intervient à un moment délicat, alors qu’Eidos-Montréal traverse une nouvelle phase de transition. L’entreprise a indiqué qu’un plan de succession était en cours, sans préciser l’identité ou la stratégie du futur leadership.
Une transition managériale dans un contexte déjà instable
Ce changement de direction ne survient pas dans un vide stratégique. Pour rappel, et depuis plusieurs années, le studio évolue dans l’orbite d’Embracer Group, un conglomérat qui a multiplié les acquisitions avant d’entamer une profonde cure d’austérité. Plusieurs projets ont alors été réévalués, ralentis ou abandonnés, alimentant un climat d’incertitude durable pour de nombreuses équipes internes.

Une industrie en crise de modèle
Le cas Eidos-Montréal dépasse le simple cadre d’un studio en difficulté, et illustre une crise bien plus large du secteur du jeu vidéo : les grands éditeurs cherchent actuellement à réduire leurs coûts à tout prix après une période d’expansion rapide, de paris coûteux et de projets XXL. Les restructurations deviennent presque routinières, y compris chez des développeurs réputés pour leur savoir-faire et leur héritage créatif.
Reste maintenant à savoir ce qu’il adviendra des ambitions futures d’Eidos-Montréal. Le studio demeure associé à plusieurs projets en soutien ou en collaboration, mais cette nouvelle saignée pose inévitablement la question de son avenir même.