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Le patron de Nvidia, Jensen Huang, appelle les entreprises européennes à déployer l’intelligence artificielle dans tous les secteurs industriels. Lors de la conférence Nvidia GTC organisée à Berlin, il a défendu une stratégie fondée sur l’industrie, la robotique et les infrastructures de calcul, tout en présentant de nouveaux équipements destinés à accélérer la construction de data centers. L’objectif est de faire de l’Europe un acteur de l’économie de l’IA et pas seulement un marché pour les technologies américaines.

Pour Jensen Huang, l’Europe dispose d’un atout majeur : son savoir-faire industriel. Le dirigeant a notamment cité les compétences du continent dans la conception de machines, la mécatronique et les systèmes de précision. L’industrie automobile, la robotique, la pharmacie et les services financiers figurent parmi les secteurs appelés à intégrer davantage d’intelligence artificielle.
« Pour que l’Europe bénéficie de l’IA et crée véritablement un écosystème et une économie de l’IA, toutes les industries doivent l’adopter », a-t-il déclaré lors de la conférence. Il a également estime que « chaque entreprise en Europe deviendra une entreprise d’IA », ce qu’il avait déjà déclaré plus tôt cette semaine.
Le discours vise notamment l’IA dite « physique » qui associe les modèles d’intelligence artificielle à des machines capables d’interagir avec le monde réel. Les robots industriels, véhicules autonomes et systèmes automatisés pourraient ainsi exploiter l’IA pour effectuer des tâches complexes dans des environnements concrets. Nvidia cherche à se positionner au cœur de cette évolution grâce à ses processeurs, ses logiciels et ses plateformes de développement.
Derrière cet appel à accélérer, un problème matériel demeure : l’Europe manque de capacités de calcul pour entraîner et exploiter des modèles d’IA à grande échelle. Le continent ne représente qu’environ 5 % des capacités mondiales de calcul dédiées à l’IA, contre 75 % pour les États-Unis. Cette dépendance limite les possibilités des entreprises et des développeurs européens qui souhaitent concevoir leurs propres modèles.
Pour répondre à ce frein, Nvidia a présenté le DSX Pod, un système modulaire de data centers qui regroupe les serveurs, le câblage et les équipements nécessaires dans une infrastructure préassemblée. Selon l’entreprise, cette approche pourrait réduire le délai d’installation de six mois à environ 14 jours sur un site adapté. Le dispositif s’appuie sur la plateforme Vera Rubin et doit faciliter le déploiement de nouvelles capacités de calcul.
Le groupe américain cherche également à renforcer sa présence en Europe en s’associant à des industriels et à des jeunes pousses technologiques. Nvidia indique avoir engagé près de 10 milliards de dollars dans l’écosystème européen, entre investissements et partenariats. En Allemagne, il a notamment annoncé de nouveaux investissements dans quatre start-up : Agile Robots, spécialisée dans la robotique industrielle, Avelios Medical, active dans les technologies de santé, Mirelo, qui développe des outils d’IA pour la vidéo, et Reflex Aerospace, spécialisée dans les satellites. En France, il y a eu un partenariat avec Doctolib et Genenis AI.

Plusieurs grands groupes européens développent déjà des projets avec Nvidia. Mercedes-Benz travaille sur la conduite autonome, Volkswagen utilise ses technologies dans le domaine des véhicules commerciaux et Siemens explore des applications de l’IA dans les équipements médicaux. Ces collaborations montrent la stratégie de Nvidia : étendre l’utilisation de ses technologies au-delà des data centers, jusqu’aux usines, aux véhicules et aux équipements professionnels.
L’offensive européenne de Jensen Huang intervient alors que les investissements dans l’intelligence artificielle suscitent davantage de questions chez les investisseurs. Le coût des data centers, les besoins énergétiques et les valorisations élevées de certaines entreprises alimentent les inquiétudes sur la rentabilité à long terme de cette industrie. Nvidia a donc un intérêt direct à convaincre les entreprises européennes d’accélérer leurs projets : leur adoption de l’IA peut soutenir la demande en processeurs, en infrastructures et en logiciels du groupe.
Pour l’Europe, l’enjeu consiste à transformer ses compétences industrielles en capacités concrètes de développement et de production d’IA. Jensen Huang estime que le continent dispose des savoir-faire nécessaires. Reste à renforcer les infrastructures de calcul et à généraliser les usages dans les entreprises pour convertir cet avantage industriel en poids économique dans le secteur.
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