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Nvidia a accepté de prendre des participations dans deux entreprises technologiques françaises : Doctolib, spécialisé dans les services de santé, et Genesis AI, qui développe des technologies d’intelligence artificielle pour la robotique. Le montant et la taille des participations n’ont pas été communiqués. Ces opérations illustrent une stratégie qui dépasse la vente de puces : Nvidia finance aussi les futurs clients susceptibles de construire leurs produits sur son infrastructure.

Doctolib décrit l’opération comme un investissement minoritaire prévu. L’entreprise affirme vouloir développer en Europe ses solutions et ses modèles d’IA pour les professionnels de santé et les patients. Nvidia doit apporter du capital, mais aussi un accès plus direct à son expertise matérielle et logicielle. L’accord ne donne pas au fabricant de puces le contrôle de Doctolib et aucune valorisation nouvelle n’a été révélée.
L’IA de santé ne se limite pas à générer un compte rendu. Une plateforme peut automatiser la gestion administrative, aider à structurer des documents, améliorer la prise de rendez-vous ou assister les cabinets au téléphone. Chacun de ces usages impose des contrôles spécifiques : une erreur sur un créneau n’a pas la même gravité qu’une information médicale fausse. Doctolib devra donc séparer les fonctions d’assistance, les recommandations et les décisions qui restent du ressort d’un professionnel.
La présence de Nvidia peut accélérer l’accès au calcul et le recrutement d’équipes spécialisées. Elle pose aussi la question de la dépendance technologique. Les modèles sont souvent entraînés et exécutés sur des GPU Nvidia, au sein d’un environnement logiciel bâti autour de CUDA. Un investissement dans un client prometteur peut renforcer cette relation sur plusieurs années, même sans clause commerciale exclusive rendue publique.
Genesis AI a confirmé que Nvidia devenait un investisseur stratégique, sans détailler la participation. La société travaille sur l’IA appliquée à la robotique, un domaine où le système doit transformer des informations issues de capteurs en mouvements sûrs. Les besoins diffèrent d’un chatbot : le modèle doit tenir compte de la géométrie, du temps, de la force et des conséquences physiques d’une erreur.
Cette branche intéresse directement Nvidia, qui fournit déjà des outils de simulation, des accélérateurs et des modules de calcul embarqués. Financer une entreprise de robotique lui permet de soutenir les charges de travail qui consommeront demain ses ressources dans les centres de données et sur les machines. Le fabricant cherche ainsi à être présent des phases d’entraînement aux déploiements physiques.
Le mouvement intervient alors qu’AMD renforce lui aussi son portefeuille, notamment avec le rachat de World Labs pour 8,2 milliards de dollars. La concurrence ne porte plus seulement sur le nombre de calculs par seconde. Elle inclut les bibliothèques, les outils de simulation, les modèles préentraînés et les relations financières avec les entreprises qui créent les applications.
Nvidia dispose d’une trésorerie alimentée par l’explosion des ventes d’accélérateurs. Nous avions détaillé son trimestre à plus de 96 milliards de dollars de revenus. Le groupe peut réinvestir une partie de cette manne dans des laboratoires, des fournisseurs et des clients. La semaine dernière, il a aussi promis un milliard de dollars à la recherche scientifique américaine (lire : En lien avec l’IA, Nvidia investit 1 milliard de dollars pour la recherche scientifique américaine).
Cette stratégie crée un cercle favorable au constructeur. Une startup financée peut acheter davantage de calcul, optimiser son produit pour les outils Nvidia et attirer des partenaires déjà formés au même environnement. Si elle réussit, son usage augmente la demande de GPU ; si elle échoue, Nvidia conserve les enseignements techniques et les relations développées dans le secteur. Le risque financier d’une participation minoritaire reste généralement inférieur à celui d’une acquisition complète.
Il ne faut pourtant pas confondre investissement et contrat d’équipement. Ni Doctolib ni Genesis AI n’ont publié les conditions précises, les droits de gouvernance ou les éventuels engagements d’achat. Le bénéfice technologique annoncé devra être mesuré dans les produits réellement déployés, leur coût et leur conformité. Dans la santé en particulier, la protection des données et la capacité à expliquer les usages comptent autant que la puissance de calcul.
Le choix de deux entreprises françaises intervient pendant une tournée européenne de Jensen Huang et renforce l’image de Nvidia comme partenaire industriel. Pour la France, l’intérêt tient au financement d’acteurs locaux sans transfert annoncé de contrôle. Pour Nvidia, Doctolib ouvre un accès à la santé numérique européenne, tandis que Genesis AI l’installe dans la robotique, deux marchés où les volumes de calcul pourraient croître rapidement.
Le journal Les Echos affirme que Nvidia a également acquis des participations dans Entalpic et Pigment. Ces deux sociétés n’avaient pas confirmé l’information à Reuters au moment de la publication ; elles ne doivent donc pas être présentées au même niveau que les investissements officiellement reconnus par Doctolib et Genesis AI.
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