Netflix a fait des approches auprès des cinémas lors de sa tentative d’acquisition de Warner Bros et Ted Sarandos, le co-PDG, s’emploie à montrer que le service de streaming n’est pas l’ennemi des salles. Cela étant dit, Dan Lin, le président de la division film de Netflix, fait savoir que le groupe ne travaillera plus avec des réalisateurs qui veulent imposer une sortie au cinéma avant l’arrivée en streaming.

Dans une interview au New York Times, Dan Lin a déclaré : « Il y a un groupe de cinéastes qui veulent encore des sorties en salle. Ce sont des cinéastes avec lesquels nous avons accepté de ne tout simplement pas travailler ». La phrase marque une ligne claire : chez Netflix, la salle peut être accordée, mais elle ne doit pas devenir un préalable imposé par les talents.
Cette orientation tranche avec celle de Scott Stuber. L’ex-président de la division film de Netflix n’avait jamais abandonné l’idée d’attirer des défenseurs du grand écran comme Christopher Nolan. Scott Stuber s’était aussi opposé à Ted Sarandos en cherchant à obtenir de véritables sorties en salle pour des films d’auteur comme Frankenstein de Guillermo del Toro et Roma d’Alfonso Cuaron, au-delà du minimum nécessaire pour les récompenses comme les Oscars.
Le changement relève dont d’une hiérarchie différente entre un prestige créatif et une logique de diffusion. Là où Scott Stuber cherchait à élargir la place du cinéma dans l’écosystème de Netflix, Dan Lin paraît fixer une limite plus nette. La plateforme peut encore faire des exceptions, mais elle ne veut plus laisser cette exigence structurer sa relation avec les créateurs.
La nouvelle stratégie de Netflix
Le cas du film De si remarquables créatures montre comment cette ligne s’applique concrètement. Sally Field, l’actrice principale, souhaitait une sortie à l’automne afin d’améliorer les chances du film aux Oscars, mais Dan Lin a refusé. Il a fait valoir que le film relevait du drame familial et que « la bonne date était juste avant la fête des Mères ».
Netflix défend ici un raisonnement de calendrier et de performance. D’ailleurs, le film est resté dans le top 10 de la plateforme de streaming au cours du mois dernier. Dan Lin assume au passage que sa franchise peut irriter les talents. Il l’a reconnu au New York Times : « Une erreur que j’ai commise lorsque j’ai rejoint l’entreprise, c’est que les cinéastes me disaient toujours : « S’il te plaît, dis-moi la vérité. » Et quand je leur disais la vérité, ils ne voulaient peut-être pas l’entendre. Donc maintenant, j’apprends à mieux cerner les gens. Et si quelqu’un me dit qu’il veut entendre la vérité, je la dis d’une manière qui puisse être aussi productive que possible ».
Reste une contradiction avec Netflix. Malgré cette ligne dure, la plateforme de streaming continue d’accorder de vraies fenêtres en salle à certains projets. Outre Narnia : Le Neveu du magicien de Greta Gerwig, The Adventures of Cliff Booth de David Fincher doit ainsi sortir en Imax en décembre. Netflix ne ferme donc pas la porte au cinéma en salle, il réserve surtout ce levier à des cas choisis par lui, et non aux cinéastes qui voudraient en faire une règle.