Le président de l’Autorité de la concurrence, Benoît Cœuré, place le rachat de SFR par Orange, Bouygues Telecom et Free sous une surveillance immédiate liée à la concentration du marché français des télécoms. Le montant atteint 20,35 milliards d’euros, mais son issue dépend d’abord de l’analyse des effets d’un passage de quatre à trois opérateurs.

Le rachat de SFR va être examiné
Lors d’une interview avec Le Monde, Benoît Cœuré juge que l’opération soulève d’emblée une difficulté : « Elle ne va pas de soi parce qu’il s’agit d’un rapprochement sur un marché déjà très concentré ». Il ne ferme pas la porte à l’examen du dossier, puisqu’il précise que les autorités n’ont jamais acté par avance qu’un marché français à trois opérateurs serait automatiquement anticoncurrentiel. Cette position maintient une possibilité d’autorisation, tout en signalant que le consortium devra démontrer que le rapprochement ne dégradera pas la concurrence. La question des prix pour les abonnements apparaît déjà au centre du débat, avec un risque de hausse identifié comme naturel si l’opération aboutit.
Le président de l’Autorité de la concurrence ajoute un second point de vigilance, celui d’une coordination renforcée des comportements entre opérateurs. Cette inquiétude renvoie à un précédent lourd dans le secteur : une amende de 534 millions d’euros infligée en 2005 pour des échanges d’informations stratégiques et une entente destinée à préserver les parts de marché. Ce rappel installe un cadre clair pour l’examen à venir. Les autorités regarderont autant la structure du marché que les pratiques rendues possibles par une concurrence affaiblie.
Un partage d’actifs à 20,35 milliards d’euros
Le dossier n’est pas encore entré dans sa phase formelle d’examen. Benoît Cœuré indique : « Nous n’avons encore rien reçu et n’avons, à date, aucun détail sur ce projet ». Cette précision compte car l’analyse concurrentielle ne commencera réellement qu’après le dépôt des pré-notifications détaillant le rachat de SFR et son architecture.
La compétence n’est d’ailleurs pas encore tranchée entre l’Autorité de la concurrence et la Commission européenne. Bouygues Telecom et Orange devront se tourner vers l’autorité française, tandis que Free doit déposer son dossier à Bruxelles en raison du poids de son activité en dehors de la France. Cette répartition crée un point de procédure sensible dès le départ. Les groupes impliqués ont déjà affiché leur préférence pour un traitement en France, alors même que l’autorité compétente n’est pas arrêtée.
Après des mois de négociations, Bouygues Telecom, Free et Orange ont conclu un protocole d’accord avec Altice France, maison-mère de SFR. Le consortium prévoit de débourser 20,35 milliards d’euros pour se répartir les activités de SFR en parts inégales. Ce montage organise une redistribution des actifs de SFR entre trois concurrents déjà installés. Cela va impliquer les clients et le réseau en lui-même.
L’examen ne portera donc pas seulement sur le prix d’acquisition ou sur la capacité des opérateurs à financer l’opération. Les autorités devront mesurer les effets concrets de cette nouvelle répartition des actifs sur les prix, sur l’intensité concurrentielle et sur le comportement futur des opérateurs.
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