Les astronomes viennent d’identifier ce qui ressemble de plus près, à ce jour, à un vestige des tous débuts de l’Univers. Baptisée SDSS J0715−7334, cette étoile éloignée de 80 000 années-lumière de notre soleil se distingue par une composition chimique d’une pureté exceptionnelle, au point d’être considérée comme la plus chimiquement préservée jamais observée. SDSS J0715−7334 est probablement l’une des étoiles de seconde génération nées peu de temps après le Big Bang (par « premières » entendez « un très grand nombre d’étoiles », vraiment beaucoup).
Une relique cosmique aux traces chimiques presque intactes
Le grand intérêt de cette étoile tient à sa pauvreté extrême en éléments lourds. En astronomie, plus une étoile contient peu de métaux, plus elle est susceptible d’avoir vu le jour tôt dans l’histoire cosmique, avant que les générations précédentes d’astres n’enrichissent l’Univers en fer, carbone et autres éléments produits dans leurs entrailles ou lors de supernovæ. SDSS J0715−7334 présente précisément ce profil rare, avec une métallicité infime qui la place au sommet des records de « pureté » chimique.

Rendu d’artiste de SDSS J0715−7334
Autrement dit, les astronomes n’ont probablement pas déniché une étoile de première génération, celles-ci ayant depuis longtemps disparu, mais un objet né juste après elles, formé à partir d’un milieu à peine contaminé par les « restes » des tous premiers astres. C’est principalement cette raison qui donne à cette découverte une valeur scientifique si forte.
Une voyageuse venue d’ailleurs avant d’entrer dans la Voie lactée
L’autre surprise vient de l’origine de SDSS J0715−7334,. Les analyses de trajectoire indiquent que cette étoile ne serait pas née dans la Voie lactée elle-même. Elle aurait d’abord vu le jour dans l’environnement du Grand Nuage de Magellan, avant d’être progressivement attirée vers notre galaxie. Ce statut d’immigrée galactique renforce encore son intérêt, car cela suggère que certaines reliques du jeune Univers peuvent survivre loin des grands foyers stellaires dominants avant d’être capturées par d’autres structures cosmiques (comme notre galaxie par exemple).
Pourquoi cette étoile intéresse autant les astrophysiciens
La découverte de SDSS J0715−7334 pourrait aider à mieux comprendre la transition entre les premières étoiles, massives et brèves, et les générations suivantes, plus petites et plus durables. Sa composition très particulière relance notamment la question du rôle joué par la poussière cosmique dans les tout premiers épisodes de formation stellaire. Si cette poussière était déjà présente, même en quantité minime, elle aurait pu favoriser la fragmentation du gaz et permettre la naissance d’étoiles moins gigantesques que les tout premiers monstres cosmiques.
Un témoin exceptionnel des premiers âges de l’Univers
Cette découverte rappelle aussi à quel point les archives de l’Univers ne se trouvent pas seulement dans les galaxies lointaines observées par les grands télescopes, mais aussi dans certains objets stellaires très anciens encore présents à proximité relative de notre environnement galactique. En étudiant une étoile aussi préservée, les chercheurs ne retracent pas simplement l’histoire d’un astre isolé : ils remontent vers les conditions même qui ont permis l’émergence des premières lumières cosmiques.
À mesure que les relevés célestes s’affinent et que les télescopes spectroscopiques gagnent en précision, d’autres étoiles de ce type pourraient émerger des tréfonds de l’espace. De quoi enrichir notre compréhension des premiers temps de l’univers.