La NASA prépare un gros coup d’accélérateur vers Mars : l’agence veut en effet lancer au mois de décembre 2028 un engin baptisé Space Reactor-1 (SR-1) Freedom, engin propulsé par énergie nucléaire. Le nouveau patron de l’agence, Jared Isaacman, présente cette mission comme un jalon stratégique qui doit « débloquer les capacités nécessaires à une exploration durable au-delà de la Lune, et à des missions vers Mars et le Système solaire externe ».
SR-1 Freedom servirait de démonstrateur de propulsion électrique alimentée par un réacteur à fission d’environ 20 kilowatts. L’idée est de convertir la chaleur du réacteur en électricité, puis utiliser cette puissance pour pousser le vaisseau avec des moteurs électriques, une approche plus frugale en ergols que la propulsion chimique pour le transport de charges sur de longues distances. « C’est le premier convoi de marchandises sur le chemin de fer transcontinental du Système solaire », résume Steven Sinacore, responsable programme à la NASA.

Trois drones façon « Ingenuity »
La charge utile la plus spectaculaire ne roule pas : elle vole. SR-1 doit larguer trois hélicoptères martiens destinés à reconnaître le terrain, sonder la présence de glace d’eau et aider à identifier de futurs sites d’atterrissage humain, avec caméras et radar de subsurface. Le concept prolonge l’héritage d’Ingenuity, le petit hélico embarqué par Perseverance, mais mise sur une manœuvre de déploiement en plein atterrissage (« skyfall »). Les appareils assureraient donc eux-mêmes leur atterrissage en douceur.

Une fenêtre martienne… et un changement de doctrine
Le calendrier colle à la mécanique céleste : l’alignement Terre-Mars offre une opportunité optimale environ tous les deux ans, et 2028 est le prochain grand rendez-vous. En coulisses, l’annonce s’inscrit aussi dans une recomposition plus large des priorités de l’agence, soit l’ accélération des livraisons lunaires robotisées, la « pause » du projet de station spatiale Gateway, le recours accru au commercial sans oublier la recherche sur de nouveaux instruments scientifiques à embarquer. « Pourquoi gâcher une si belle occasion de faire une science révolutionnaire sur Mars ? », a lancé la scientifique en chef Nicola Fox.
Reste une grosse zone d’ombre : aucun budget n’a encore été avancé, et les problématiques de sécurité liées au lancement d’uranium faiblement enrichi n’ont pas été abordées (du moins pas publiquement). Du côté des scientifiques, l’accueil est pour l’instant prudent : « Il faudra voir quelle quantité de science nouvelle sera rendue possible », prévient la planétologue Briony Horgan, alors même que la communauté défend déjà une feuille de route martienne mieux planifiée.
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