Depuis son arrivée sur Mars le 18 février 2021, le rover Perseverance de la NASA ne cesse de redéfinir les standards de la navigation robotisée. Contrairement aux missions précédentes – comme Curiosity ou Opportunity, largement pilotées depuis la Terre -, l’engin évolue aujourd’hui de façon quasi indépendante à la surface de la planète rouge.
À son 1 312e jour martien, à l’automne 2024, près de 90 % de ses déplacements avaient été réalisés en mode autonome, un progrès spectaculaire face aux 6 % d’autonomie enregistrés par Curiosity. Cette performance repose exclusivement sur un système baptisé ENav (Enhanced Autonomous Navigation).
ENav : l’intelligence embarquée au cœur du rover
Un algorithme optimisé pour un ordinateur des années 1990
Perseverance fonctionne avec un processeur durci contre les radiations, comparable en puissance à un iMac G3 de la fin des années 1990. Impossible donc de compter sur une puissance de calcul moderne, mais cela reste largement suffisant pour faire tourner le système de navigation du rover. Les ingénieurs ont conçu ENav pour analyser environ 1 700 trajectoires potentielles sur une distance d’environ six mètres, puis n’appliquer des calculs avancés de détection de collision qu’aux itinéraires les plus prometteurs.

« L’énorme incertitude du terrain est le principal défi », explique Masahiro Ono, responsable de la mobilité robotique au Jet Propulsion Laboratory. Mars offre un environnement stable, mais largement inexploré, où chaque image capturée devient cruciale pour la planification du trajet.
Des records de distance et de vitesse
Le 3 avril 2023, Perseverance a parcouru 331,74 mètres en une seule journée martienne en mode autonome, établissant un nouveau record. Au total, le rover a déjà dépassé les 30 kilomètres et collecté plusieurs dizaines d’échantillons dans le cratère Jezero, un ancien delta fluvial considéré comme propice à la recherche de traces de vie passée.

Cette montée en puissance de l’autonomie du rover est une étape importante pour l’exploration spatiale : à mesure que les missions s’éloigneront de la Terre, la capacité des robots à décider seuls deviendra un impératif technologique incontournable.