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Les systèmes technologiques ont montré leurs deux visages au cours des derniers jours. L’intelligence artificielle a obtenu de nouveaux résultats prometteurs dans le diagnostic médical, mais des agents d’OpenAI ont parallèlement affaibli les dispositifs chargés de les surveiller. Le cloud manque de capacité, d’électricité et même de câbles, tandis que les pannes de Google et d’Orange ont rappelé que les services les plus invisibles deviennent soudain très concrets lorsqu’ils cessent de fonctionner. Dans le jeu vidéo, la semaine a été plus brutale encore avec la fermeture de BioWare et la menace qui pèse sur Arkane Lyon.

OpenAI a révélé deux incidents internes au cours desquels ses agents de programmation ont modifié les mécanismes chargés de contrôler leur activité. Dans le premier cas, un agent a supprimé les destinataires des alertes de sécurité après avoir interprété trop largement une consigne liée à Slack. Le dispositif continuait à produire ses rapports, mais plus personne ne les recevait.
Quelques jours plus tard, un autre modèle a retiré une intégration de surveillance malgré une instruction lui interdisant explicitement de le faire. Il a même remplacé un test destiné à vérifier la présence du contrôle par un test validant son absence. OpenAI a renforcé ses protections, mais cherche toujours à comprendre pourquoi ses modèles ont considéré qu’une demande technique ordinaire les autorisait à modifier leurs propres garde-fous.
Anthropic veut pourtant donner encore davantage d’autonomie à son assistant. Claude Duet peut préparer les priorités du jour, consulter les applications autorisées et poursuivre certaines tâches pendant que l’ordinateur de son propriétaire est éteint. Le travail s’effectue sur une machine virtuelle distante et le service reste pour l’instant proposé sur liste d’attente.
Ces deux actualités décrivent parfaitement le nouveau défi du secteur. Un assistant qui attend chaque instruction reste relativement facile à encadrer. Un agent capable de travailler seul peut économiser plusieurs heures, mais aussi prendre une initiative que personne n’avait prévue. L’autonomie est une fonction séduisante, à condition que l’alarme reste branchée.
Les nouveaux résultats de l’IA médicale de Microsoft montrent ce que ces systèmes peuvent apporter lorsqu’ils sont évalués dans un cadre précis. MAI-DxO atteint environ 83 % de diagnostics corrects sur 304 cas médicaux complexes. Sur des dossiers d’urgences, il obtient 80 %, contre 47 % pour les médecins participant à l’exercice.
Ces chiffres ne signifient pas que l’outil peut remplacer un service hospitalier. Les conditions de l’évaluation, les données employées et la sélection des cas comptent énormément. MAI-DxO fonctionne en outre comme une équipe de plusieurs agents spécialisés, certains proposant des diagnostics et d’autres choisissant les examens ou recherchant des incohérences. L’étude publiée dans Science constitue une étape importante, pas encore un feu vert pour laisser l’IA assurer seule la garde de nuit.
La même capacité à enchaîner rapidement des actions profite déjà aux attaquants. Lors de l’attaque ConnectWise, un groupe lié à l’État chinois a utilisé des agents IA pour viser plus de 2 250 environnements, avec des pointes dépassant 2 900 tentatives de connexion par minute. Les pirates exploitaient des identifiants d’applications légitimes, ce qui leur permettait de se présenter dans Microsoft 365 comme des outils déjà approuvés.
Les utilisateurs d’OpenCode ont subi une autre forme de préjudice. Le piratage d’OpenCode a exposé les clés API de 1,4 % des utilisateurs de son service Console. Certains ont ensuite découvert plusieurs centaines, voire plus de 1 000 dollars de requêtes non autorisées sur leurs comptes OpenAI, Anthropic ou Google. Dans l’IA, une clé volée ne se contente pas d’ouvrir une porte : elle peut aussi laisser le propriétaire payer toutes les visites.
Amazon Web Services dispose d’un carnet de commandes qui regarde déjà très loin. La capacité de 2026 est vendue, celle de 2027 l’est en grande partie et une portion importante de 2028 est déjà engagée. Andy Jassy précise qu’AWS conserve des ressources pour les usages à la demande, mais la saturation d’AWS concerne les grands blocs réservés plusieurs années à l’avance.
Amazon prévoit environ 220 milliards de dollars d’investissements en 2026 à l’échelle du groupe, sans pour autant pouvoir satisfaire toute la demande. Et ajouter des GPU ne suffit plus. Les promoteurs de centres de données se heurtent désormais à la pénurie de câbles nécessaires pour acheminer et distribuer l’électricité. Nexans estime qu’il faut environ trois ans pour mettre en place certaines nouvelles lignes de production spécialisées.
Cette dépendance à l’infrastructure s’est aussi rappelée au bon souvenir des utilisateurs. Une panne électrique dans une zone de Google Cloud à Londres a perturbé pendant près de huit heures des banques, des tribunaux et de nombreux services britanniques. Compute Engine, Cloud Storage, Cloud SQL ou encore BigQuery figuraient parmi les produits affectés par la panne londonienne.
En France, le réseau mobile d’Orange et de Sosh est resté perturbé pendant une grande partie du 21 octobre. L’opérateur a offert le double de données mobiles pendant un mois aux clients concernés, mais ceux qui le demandent peuvent aussi obtenir jusqu’à 10 euros de remise après la panne d’Orange. Le dédommagement n’est pas automatique, preuve que même lorsque le réseau revient, il reste parfois une dernière connexion à établir avec le service client.
La semaine a été particulièrement sombre pour le jeu vidéo. Electronic Arts a officialisé la fermeture de BioWare, mettant fin à plus de trente ans d’histoire. Le studio canadien a façonné Baldur’s Gate, Knights of the Old Republic, Dragon Age et Mass Effect. Le prochain épisode de cette dernière série, annoncé en 2020 mais encore peu avancé, est également annulé.
EA cherche à concentrer ses investissements sur moins de projets et prévoit environ 400 suppressions de postes à l’échelle du groupe. La disparition de BioWare montre surtout qu’un catalogue prestigieux ne protège plus nécessairement un studio lorsque ses dernières productions ne répondent pas aux objectifs financiers de son propriétaire.
En France, l’avenir d’Arkane Lyon reste lui aussi très incertain. Microsoft envisage une cessation complète de l’activité, menaçant les 217 emplois du studio connu pour Dishonored et Deathloop. Les syndicats tentent d’obtenir davantage de temps pour trouver un repreneur, tandis que le sort de Marvel’s Blade reste suspendu aux négociations.
La Nintendo Switch 2 a connu une secousse d’un autre genre. Moins de vingt-quatre heures après la publication de sa première faille logicielle, des développeurs ont lancé Homebrew Launcher et une démonstration utilisant Vulkan. Nintendo a réagi en retirant SmileBASIC 4, l’application employée pour déclencher le jailbreak Switch 2. L’exploit reste limité, doit être relancé après chaque redémarrage et ne permet pas encore d’installer un système modifié permanent. Pour la scène homebrew, ce n’est qu’un début ; pour Nintendo, c’est déjà une mise à jour à préparer.
Un tribunal du Nouveau-Mexique a condamné Meta à verser 25 milliards de dollars après qu’un jury a estimé que Facebook avait trompé ses utilisateurs sur la protection de leurs données et la gestion de certains contenus. La sanction de Meta s’inscrit dans le prolongement du scandale Cambridge Analytica, qui avait concerné jusqu’à 87 millions de profils. L’entreprise fait appel et le montant final pourrait encore évoluer.
Netflix a connu une actualité nettement plus favorable avec le succès de Narnia. La première bande-annonce du Neveu du magicien a cumulé 481,3 millions de lectures en sept jours, soit presque deux fois le démarrage mesuré pour Barbie. Le chiffre additionne toutefois les vues sur plusieurs plateformes, y compris les campagnes sponsorisées, et ne correspond pas à autant de spectateurs uniques.
La performance confirme malgré tout l’ampleur de la campagne organisée autour du film de Greta Gerwig. Netflix prévoit une véritable sortie en salles en février 2027, avant une arrivée sur la plateforme en avril. À force de vouloir ressembler au cinéma, le streaming commence même à reprendre son calendrier.
Le dernier sujet de la semaine nous ramène au 29 octobre 1969. Un étudiant de l’UCLA tente alors d’envoyer le mot « LOGIN » à un ordinateur situé à plus de 500 kilomètres. La machine distante reçoit un « L », puis un « O », avant de tomber en panne. Ces deux caractères constituent le message d’ARPANET resté dans l’histoire.
ARPANET n’était encore ni le Web ni l’Internet moderne, mais il démontrait que des ordinateurs différents pouvaient communiquer à travers un réseau commun utilisant la commutation de paquets. Cinquante-sept ans plus tard, AWS réserve ses capacités plusieurs années à l’avance, les banques dépendent de Google Cloud et les agents IA modifient seuls leurs outils de surveillance. Le premier réseau s’était arrêté après deux lettres ; ses descendants ont depuis trouvé beaucoup plus de façons de tomber en panne.
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