Les comédiens français spécialisés dans le doublage viennent d’arracher un résultat concret face aux plateformes de clonage vocal par intelligence artificielle. 25 comédiens ont obtenu de Fish Audio le retrait de 47 modèles d’IA générative qui reproduisaient leurs voix sans consentement ni rémunération, selon leur avocat Jonathan Elkaim qui l’a annoncé à l’AFP.

Ce succès montre qu’une plateforme américaine comme Fish Audio peut céder face à des revendications fondées sur le droit français et européen, même sans décision de justice définitive à ce stade.
Une victoire du doublage français face à l’IA
L’affaire a commencé début février avec huit comédiens français qui avaient adressé des mises en demeure à Fish Audio et à VoiceDub pour dénoncer des actes présentés comme « parasitaires ». Depuis, le mouvement s’est élargi à 25 comédiens, ce qui a donné davantage de poids à cette action inédite.
Jonathan Elkaim dit avoir accueilli avec une grande satisfaction le retrait des contenus litigieux. Il estime aussi que cette issue envoie un message clair : l’éloignement géographique d’une société n’empêche plus qu’elle soit confrontée aux exigences du droit européen et français.
L’avocat n’en est d’ailleurs pas à sa première avancée dans ce dossier. Il indique avoir déjà obtenu le retrait de contenus comparables du côté de VoiceDub.
Il reste encore du travail
Cette victoire reste partielle sur le terrain des réparations. Certaines demandes n’ont pas été satisfaites, notamment le versement de 20 000 euros de dommages et intérêts réclamés par les doubleurs.
Surtout, le risque de répétition demeure entier. Jonathan Elkaim souligne que de nouveaux contenus portant atteinte aux droits des doubleurs peuvent réapparaître sur ces plateformes, ce qui l’amène à considérer que le contentieux n’est pas refermé.
L’objectif se déplace donc déjà vers une étape plus lourde. L’avocat dit travailler avec des collègues à une nouvelle procédure dont la finalité serait d’interdire ces plateformes sur le territoire français et, à terme, d’obtenir une décision susceptible de faire jurisprudence.
Cette affaire s’inscrit dans une inquiétude beaucoup plus large du monde de la création face à l’essor de l’IA générative. Fin février, 4 000 acteurs, actrices et cinéastes avaient dénoncé un « pillage en règle », en pointant notamment le clonage de voix sans autorisation devenu, selon eux, légion.
Le sujet est désormais monté jusqu’au Sénat. Une proposition de loi adoptée il y a quelques jours en commission évoque une situation « mortifère » pour la création et propose d’inverser la charge de la preuve en instaurant une présomption d’usage par les modèles d’IA de contenus protégés par le droit d’auteur.
Si ce mécanisme entrait en vigueur, le rapport de force changerait sensiblement. En cas de litige, il reviendrait alors aux plateformes d’IA de démontrer qu’elles n’ont pas utilisé illicitement ces contenus. Le texte doit être examiné en séance publique le 8 avril.