Dans une action collective inédite, huit comédiens de doublage français, dont le célèbre Richard Darbois, Françoise Cadol et Brigitte Lecordier, ont adressé des mises en demeure à Voice Dub et Fish Audio, deux entreprises américaines accusées d’avoir cloné leurs voix avec l’intelligence artificielle sans le moindre consentement.

Un vide juridique de l’IA dénoncé par les stars du doublage
Dans des courriers datés du 30 janvier, les comédiens de doublage exigent le retrait sous huit jours de tous les modèles de clonage exploitant leur voix présents sur Voice Dub et Fish Audio. Ils réclament par ailleurs 20 000 euros de dommages et intérêts pour réparer ce qu’ils qualifient d’« actes parasitaires ». Le litige porte sur une fonctionnalité payante précise : la capacité de faire lire n’importe quel texte par une voix synthétique piochée dans un vaste catalogue. On y retrouve, sans leur accord, les timbres de personnalités comme Emmanuel Macron ou Kylian Mbappé, mais surtout ceux de figures emblématiques du doublage.
Parmi les plaignants figurent des voix ancrées dans l’imaginaire collectif. Françoise Cadol, célèbre pour doubler Angelina Jolie (notamment comme Lara Croft dans Tomb Raider) et Sandra Bullock, a identifié sa propre signature vocale, bien que « légèrement altérée », utilisée à des fins commerciales. « Tout se passe sans notre autorisation, on parasite notre interprétation, on est néantisé, piraté », s’indigne-t-elle auprès de l’AFP, soulignant que cette technologie assèche déjà les opportunités professionnelles pour certains collègues.
Même constat pour Richard Darbois, la célèbre voix française d’Harrison Ford, Richard Gere et Buzz l’Éclair. Il dénonce la gravité de la situation et l’absence de cadre légal clair : « On prend ma voix pour faire dire n’importe quoi à n’importe qui et ils se font payer sans même que j’aie le moindre droit de regard ». Au-delà de la démarche individuelle, l’objectif est d’alerter les pouvoirs publics pour obtenir une protection concrète face à ce qu’il considère comme un « vide juridique ».
Vers une bataille judiciaire transatlantique
Cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement global de défense du droit à l’image et à la voix, illustré aux États-Unis par les actions de Scarlett Johansson contre ChatGPT ou de Matthew McConaughey pour protéger ses données biométriques. En France, le collectif Touche pas à ma VF avait déjà manifesté pour exiger un doublage « créé par des humains pour des humains ».
L’avocat des huit comédiens de doublage, Jonathan Elkaim, prévient que ces mises en demeure ne sont qu’une première étape avant une probable assignation en justice si les plateformes restent muettes. Il estime que le droit français s’applique pleinement, même pour des sociétés basées aux États-Unis car leur contenu illicite cible explicitement le public français et y est commercialisé. Pour lui, l’enjeu dépasse le cercle des acteurs : « Demain, ce seront peut-être nos voix, nos images, celles de nos enfants qui seront diffusées et pourront être falsifiées ».