OpenAI sort de son schéma habituel d’acquisitions en mettant la main sur TBPN, une émission tech en ligne populaire dans la Silicon Valley. L’opération place un média de conversation au cœur de sa stratégie, avec l’idée assumée de structurer plus directement le débat public sur l’intelligence artificielle.

Un rachat pensé comme levier d’influence
Ce rachat ne ressemble pas aux acquisitions précédentes du créateur de ChatGPT, jusqu’ici surtout centrées sur le recrutement de talents issus de l’IA ou de secteurs proches. Cette fois, TBPN rejoindra OpenAI et dépendra de Chris Lehane, directeur des affaires internationales d’OpenAI, signe que l’enjeu touche autant à l’influence qu’au produit.
Fidji Simo, directrice générale des applications chez OpenAI, assume d’ailleurs le caractère atypique de l’opération. « En réfléchissant à l’avenir de notre manière de communiquer chez OpenAI, une chose est devenue claire : les recettes standards de la communication ne s’appliquent tout simplement pas à nous », explique-t-elle. Elle résume cette logique en une formule plus directe : « Nous ne sommes pas une entreprise typique ».
OpenAI ne présente pas TBPN comme un simple actif médiatique. Fidji Simo explique que l’entreprise considère avoir la responsabilité de nourrir la conversation sur les transformations provoquées par l’IA.
Dans cette optique, TBPN coche plusieurs cases utiles pour OpenAI. Le groupe salue ses « excellents réflexes de communication et de marketing » et sa capacité à aider des marques à se promouvoir en ligne, tout en le décrivant comme un média technophile capable d’expliquer le potentiel de l’IA à un public plus large.
Autrement dit, OpenAI n’achète pas seulement une audience. Le groupe achète aussi un format, un ton et une machine éditoriale déjà rodée pour transformer des sujets techniques en conversation grand public.
L’indépendance éditoriale devient la question centrale
C’est précisément sur ce terrain que le rachat sera observé. OpenAI affirme que l’équipe de TBPN conservera son indépendance éditoriale, choisira elle-même ses invités et continuera à couvrir aussi des concurrents.
Jordi Hays, cofondateur et coanimateur de l’émission, rappelle d’ailleurs que TBPN a parfois été critique envers le secteur. Il ajoute que Sam Altman (patron d’OpenAI) et son équipe ont montré « une ouverture aux retours et un engagement à bien faire les choses ».
Le pari d’OpenAI consiste donc à intégrer un média sans l’étouffer. C’est aussi ce qui rend l’opération inhabituelle : TBPN est déjà identifié comme une émission en direct bien installée, animée par Jordi Hays et John Coogan, qui a reçu Mark Zuckerberg (patron de Meta), Sam Altman et Satya Nadella (patron de Microsoft).