Le choc provoqué par la ruée mondiale vers l’intelligence artificielle ne se limite plus aux GPU ou aux serveurs. La pénurie frappe désormais de plein fouet un marché beaucoup plus concret pour les photographes, vidéastes et créateurs de contenu : celui des cartes mémoire. Sony a en effet décidé de suspendre au Japon les commandes de la quasi-totalité de ses cartes SD et CFexpress, conséquence directe d’une tension historique sur la mémoire flash NAND, devenue une ressource stratégique pour les centres de données et les infrastructures IA.
Une suspension massive qui touche presque tout le catalogue
La décision annoncée par Sony concerne l’essentiel de ses références grand public et professionnelles. Les cartes CFexpress Type A de plusieurs capacités, certaines CFexpress Type B ainsi que pratiquement toute la gamme de cartes SD sont concernées, y compris des modèles prisés pour les usages photo et vidéo exigeants. Seules quelques références restent encore commandables, signe que la pression sur l’approvisionnement n’est plus marginale, mais structurelle.

Le groupe évoque officiellement une pénurie mondiale de semi-conducteurs liés à la mémoire, ainsi que d’autres facteurs pesant sur la chaîne d’approvisionnement. En réalité, l’arbitrage industriel est devenu brutal : une partie croissante de la production de NAND est désormais absorbée par les SSD destinés aux serveurs IA, un segment où les volumes et surtout les marges dépassent largement ceux des cartes mémoire classiques.
L’IA capte les composants, les prix s’envolent
Avec la multiplication des data centers dédiés à l’entraînement et à l’inférence des modèles d’IA, les fabricants de mémoire réorientent leurs capacités vers les produits les plus rentables ce qui crée mécaniquement de la pénurie sur d’autres catégorie d’appareils. Résultat : les composants utilisés dans l’électronique grand public deviennent plus rares, plus chers et parfois tout simplement indisponibles.
Une hausse spectaculaire de la DRAM et de la NAND
Les chiffres récents donnent toute la mesure du niveau de tension actuel. Au premier trimestre 2026, les prix contractuels de la DRAM ont bondi de façon spectaculaire, tandis que ceux de la NAND flash ont eux aussi fortement progressé en seulement quelques mois. Cette flambée pèse sur l’ensemble de l’écosystème, des fabricants de SSD jusqu’aux constructeurs de cartes mémoire, en passant par les marques d’accessoires et de stockage externe.
Pour les utilisateurs, la conséquence est immédiate : moins de disponibilité, des délais plus longs et une probable poursuite de la hausse tarifaire sur les supports de stockage amovibles. Sony devient ainsi l’un des premiers grands industriels à acter publiquement ce déséquilibre en gelant ses commandes, mais il pourrait ne pas rester seul très longtemps. Autant dire que si ces tensions persistent, photographes, vidéastes et fabricants pourraient bien découvrir que l’âge d’or de la mémoire abordable appartient déjà au passé.