Devant la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, des économistes ont tiré la sonnette d’alarme : en détruisant des emplois qualifiés, l’intelligence artificielle expose les finances publiques à un double choc simultané, à savoir une chute des recettes fiscales et une hausse des dépenses d’indemnisation chômage.

Le risque de l’IA pour l’emploi refait parler
C’est l’économiste Axelle Arquié, cofondatrice de l’Observatoire des emplois menacés et émergents, qui a formulé le risque le plus clairement. Elle décrit « une forme d’effet ciseaux » : l’État perd des recettes prélevées sur les hauts salaires au moment même où il fait face à une montée des indemnisations chômage. Ce mécanisme se déclenche même dans le scénario le plus optimiste. « On aura à court terme, le temps que ces nouveaux emplois émergent et que les gens puissent transitionner vers eux, un problème pour les finances publiques parce qu’on a un modèle de financement qui repose beaucoup sur les hauts salaires », prévient-elle.
Axelle Arquié est coautrice d’une étude Coface publiée le 1er avril, selon laquelle un emploi sur six sera automatisable d’ici trois à quatre ans. Elle souligne également le « risque politique important » que représente un tel choc, d’autant que les cols bleus pourraient eux aussi être touchés via le développement de la robotique.
Le FMI estime que 60 % des emplois dans les économies développées sont exposés aux transformations induites par l’IA, mais les économistes présents à la table ronde ont insisté sur la grande dispersion des études prospectives sur le sujet. L’incertitude ne porte pas seulement sur l’ampleur du phénomène, mais sur sa gestion concrète.
Laure Baquero, économiste chargée des prévisions à l’Unédic, identifie trois obstacles structurels entre les emplois détruits et ceux qui émergeront. Premier obstacle : les compétences. « Les gens ne sont pas des biens qu’on recycle, d’une profession à l’autre, c’est un peu plus compliqué que ça », dit-elle. Deuxième obstacle : la localisation géographique des nouveaux pôles d’emplois qui ne coïncide pas nécessairement avec celle des bassins d’emplois sinistrés. Troisième obstacle, qu’elle juge le plus sérieux : « le problème de synchronicité des rythmes », une technologie qui détruit des emplois avant que les emplois de remplacement n’existent.