Le directeur de l’Organisation internationale du travail (OIT), une des plus grandes agences de l’ONU, appelle à un partage plus équitable des bénéfices tirés de l’intelligence artificielle. Pour Gilbert Houngbo, les gains de productivité liés à cette technologie doivent se traduire par de meilleurs salaires, des protections renforcées et une croissance moins déséquilibrée.

L’IA doit aider au niveau du salaire
Depuis des mois, l’attention se concentre surtout sur la question des destructions d’emplois ou sur les promesses de performance des nouveaux modèles. Le chef de l’OIT replace le sujet sur un terrain plus politique : celui de la répartition de la valeur créée par l’IA et des règles qui doivent encadrer son déploiement.
Gilbert Houngbo insiste aussi sur la vitesse du changement en cours. Selon lui, l’IA modifie déjà la façon dont le travail est organisé, dont la valeur est produite et dont les décisions sont prises. En parallèle, plusieurs institutions économiques continuent de juger que l’effet global sur l’emploi reste limité pour le moment, ce qui renforce l’idée que le vrai combat immédiat porte moins sur un effondrement brutal de l’emploi que sur l’encadrement de la transition.
Le responsable de l’OIT défend une idée simple : la technologie ne décidera pas seule de l’avenir du travail. Les politiques publiques, les institutions et le dialogue social pèseront tout autant dans le résultat final. C’est sur ce point que son message tranche avec les discours qui présentent l’IA comme une force presque autonome, impossible à orienter.
Les leviers qu’il cite sont très concrets. Il met en avant l’investissement dans les compétences, le renforcement de la protection sociale, la défense des droits du travail et le soutien aux microentreprises ainsi qu’aux petites et moyennes entreprises. Son propos revient à dire qu’une hausse de productivité n’a pas de valeur sociale automatique : elle doit être encadrée pour ne pas se transformer en précarité accrue.
Les plateformes donnent un terrain immédiat au débat
La conférence annuelle de l’OIT, qui réunit du 1er au 12 juin les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs de ses 187 États membres, doit justement déboucher sur un dossier très concret. Les négociations portent sur un futur traité international pour les travailleurs des plateformes numériques. Le lien avec le discours sur l’IA est direct : dans les deux cas, la question centrale reste celle des protections attachées au travail lorsque les technologies permettent d’en redessiner les contours.
Le cas des plateformes illustre déjà les failles que l’OIT veut corriger. Selon l’ONG Human Rights Watch, elles contrôlent largement les tâches et les rémunérations tout en classant les travailleurs comme indépendants. Ce statut leur permet de contourner plus facilement des obligations sur le salaire minimum, la sécurité au travail et l’accès à la protection sociale.
L’appel de Gilbert Houngbo ne vise donc pas seulement à ralentir ou à freiner l’IA. Il cherche plutôt à fixer une règle de partage avant que les gains de productivité ne soient captés par un petit nombre d’acteurs. Pour l’OIT, l’enjeu est de savoir à qui profitera cette transformation.