Le temps passé devant un écran ne permet plus, à lui seul, d’évaluer les effets du numérique sur les enfants et les adolescents. C’est la conclusion d’un rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), qui estime que la science regarde désormais moins des volumes horaires figés que la manière concrète dont les jeunes utilisent les plateformes.

Le basculement est important car il change la grille de lecture du débat public. Pendant plus de 20 ans, le temps d’écran a servi de repère central aux chercheurs comme aux politiques de santé. Le rapport le décrit aujourd’hui comme un indicateur trop réducteur pour saisir des usages devenus beaucoup plus complexes.
Les usages comptent plus que les heures
La recherche s’intéresse désormais à des comportements précis, comme le switching, ce passage rapide d’une application à l’autre toutes les 10 à 20 secondes, ou le scrolling passif, c’est-à-dire quand un jeune enchaîne pendant de longues périodes des vidéos ou des publications sur des réseaux comme TikTok ou X/Twitter.
Selon le rapport, ces pratiques peuvent avoir des effets directs sur le développement physiologique, accroître les risques de troubles anxieux et dépressifs, et favoriser un état de sommeil « sentinelle » dans lequel l’utilisateur reste en attente de notifications, parfois même de manière inconsciente.
Ce déplacement du regard conduit aussi à revoir la question de la responsabilité. Les auteurs estiment que parents et enfants ne peuvent plus être considérés comme les seuls responsables face à des services conçus pour capter l’attention et la transformer en valeur économique.
Le débat bascule aussi sur le terrain politique
Le rapport ne se limite pas à des conseils d’hygiène numérique dans les familles. Il recommande aussi l’instauration d’une majorité numérique à 15 ans et appelle à responsabiliser davantage les acteurs de l’industrie du numérique.
Cette ligne rejoint un mouvement plus large à l’international. L’Australie interdit déjà les réseaux sociaux aux moins de 16 ans depuis fin 2025 et plusieurs pays veulent désormais restreindre l’accès des mineurs à des plateformes comme TikTok, Instagram ou Snapchat.
En France, le gouvernement vise une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans d’ici septembre 2026. Mais le texte, adopté en avril par le Sénat dans une version remaniée, doit encore démontrer sa compatibilité avec le droit européen avant de pouvoir entrer en vigueur, ce qui pourrait ralentir son application.
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