Meta prévoit d’intégrer dès cette année une fonction de reconnaissance faciale baptisée Name Tag sur ses lunettes connectées Ray-Ban, permettant aux porteurs d’identifier des personnes et d’obtenir des informations les concernant via l’assistant IA de l’entreprise. Un document interne daté de mai dernier, obtenu par le New York Times, révèle que Meta considère le « tumulte politique » aux États-Unis comme un timing favorable pour le lancement, estimant que les organisations de défense des libertés civiles « auront leurs ressources concentrées sur d’autres préoccupations ».

Mark Zuckerberg, le patron de Meta, souhaite que cette fonctionnalité différencie les lunettes connectées de la concurrence et rende l’assistant IA plus utile. Meta mène des discussions sur Name Tag depuis le début de l’année dernière, bien que la fonction soulève des risques évidents en matière de libertés civiles et de vie privée. Le plan initial prévoyait un lancement lors d’une conférence destinée aux malvoyants avant un déploiement grand public, une stratégie finalement abandonnée.
Ce projet marque un revirement stratégique radical pour Meta qui avait fermé il y a cinq ans son système de reconnaissance faciale pour identifier les personnes sur Facebook, invoquant la nécessité de trouver « le bon équilibre » pour une technologie soulevant des préoccupations juridiques et éthiques. L’entreprise avait déjà envisagé d’intégrer la reconnaissance faciale à la première version de ses lunettes connectées Ray-Ban en 2021, mais des défis techniques et éthiques avaient bloqué le projet.
Les lunettes connectées connaissent pourtant un succès commercial. EssilorLuxottica, partenaire de Meta pour leur fabrication, a annoncé cette semaine avoir vendu plus de sept millions d’exemplaires en 2025. Cette adoption renforce l’enjeu de la reconnaissance faciale embarquée, transformant un gadget technologique en infrastructure de surveillance potentiellement omniprésente.
Une reconnaissance faciale limitée aux comptes Meta et profils publics
Meta explore encore les contours de qui pourra être reconnu par Name Tag. Les options envisagées incluent l’identification de personnes qu’un utilisateur connaît via une plateforme de Meta, ainsi que des individus possédant un compte public sur Instagram ou d’autres services du groupe. La fonctionnalité ne permettrait pas de rechercher littéralement n’importe qui croisé dans la rue, une distinction technique censée atténuer les risques de surveillance généralisée.

Dans une déclaration transmise au New York Times, Meta adopte un ton prudent :
Nous développons des produits qui aident des millions de personnes à se connecter et à enrichir leur vie. Bien que nous entendions souvent parler de l’intérêt pour ce type de fonctionnalité (et que certains produits existent déjà sur le marché), nous continuons à réfléchir aux différentes options et adopterons une approche réfléchie avant de lancer quoi que ce soit.
Des lunettes à enregistrement continu en développement
Les Ray-Ban Meta ont déjà servi à identifier des inconnus en public. En 2024, deux étudiants de Harvard ont combiné ces lunettes avec PimEyes, service de reconnaissance faciale, pour identifier des passagers du métro de Boston. Leur vidéo de l’expérience est devenue virale, forçant Meta à souligner que les lunettes intègrent une LED blanche en haut à droite de la monture signalant l’enregistrement en cours.
Ce témoin lumineux, censé prévenir les sujets filmés, reste discret et facilement ignoré dans les espaces publics bondés. Son efficacité comme garde-fou contre la surveillance furtive demeure contestée par les défenseurs de la vie privée.
Meta développe parallèlement des lunettes dites « super-sensibles » équipées de caméras et capteurs fonctionnant en continu pour enregistrer la journée complète d’un porteur. Ce projet amplifie les inquiétudes sur la normalisation d’un enregistrement permanent de l’espace public par des appareils grand public, transformant chaque porteur de lunettes en capteur de surveillance potentiel.