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Le procès pénal de Huawei s’est ouvert devant un tribunal fédéral de Brooklyn, plus de huit ans après les premières poursuites américaines visant le groupe chinois. Le ministère de la Justice l’accuse d’avoir formé une entreprise criminelle pour voler des secrets industriels, contourner les sanctions contre l’Iran et utiliser le système financier américain. Huawei rejette ces accusations et soutient que sa réussite repose sur l’innovation et la concurrence.
L’ouverture des débats ne constitue ni une condamnation ni une nouvelle sanction commerciale. Elle fait entrer devant un jury un dossier qui a contribué à bouleverser l’industrie des télécoms, les chaînes d’approvisionnement des smartphones et les relations technologiques entre Washington et Pékin.

Les procureurs présentent des faits supposés s’étendant de 1999 à 2020. Ils affirment que des employés de Huawei ont cherché à obtenir des technologies appartenant à cinq entreprises américaines. Les exemples exposés lors des déclarations d’ouverture comprennent du code source de routeurs de Cisco et un bras robotisé utilisé par T-Mobile pour tester des téléphones.
La défense reconnaît que certains salariés ont pu commettre des actes isolés, mais conteste l’existence d’un plan organisé par l’entreprise. Elle affirme que Huawei a réagi lorsque la direction a découvert ces comportements et que l’accusation rassemble des épisodes distincts pour construire artificiellement une conspiration globale. C’est précisément ce point que le jury devra trancher à partir des documents et témoignages, et non des seuls récits d’ouverture.
Le volet iranien porte sur les liens entre Huawei et Skycom, une société qui opérait dans le pays. Les autorités américaines soutiennent que Huawei a dissimulé la nature de cette relation à des banques afin de faire transiter des paiements en dollars malgré les sanctions. Elles l’accusent aussi d’avoir fourni des technologies utilisées pour surveiller des citoyens iraniens. Huawei répond que les banques connaissaient ses activités et qu’il n’est pas démontré que le groupe savait que la compensation en dollars enfreindrait le droit américain.
L’affaire avait pris une dimension diplomatique avec l’arrestation au Canada, en décembre 2018, de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei et fille du fondateur Ren Zhengfei. Elle a combattu son extradition pendant près de trois ans avant de rentrer en Chine en 2021 dans le cadre d’un accord avec les États-Unis. Les poursuites personnelles ont ensuite été abandonnées en 2022.
Cet accord n’a toutefois pas clos le dossier contre Huawei. Certaines déclarations admises par Meng doivent être présentées comme éléments de preuve au procès de l’entreprise. La procédure devrait durer environ trois mois, ce qui laisse présager un examen détaillé des relations commerciales, de la circulation des paiements et des méthodes employées pour obtenir des informations techniques.
Depuis l’inculpation initiale, le contexte industriel a profondément changé. Les États-Unis ont limité l’accès de Huawei à des composants et technologies américaines, tandis que plusieurs pays occidentaux ont restreint ses équipements dans les réseaux mobiles. Nous avions notamment évoqué le projet européen visant Huawei et ZTE dans la 5G. Face à ces barrières, le groupe a accéléré le développement de composants locaux et affirme pouvoir rivaliser avec des procédés de gravure très avancés au début de la prochaine décennie.
Une condamnation pourrait conduire à de lourdes pénalités et renforcer les arguments en faveur de restrictions supplémentaires. Un acquittement affaiblirait au contraire le récit américain selon lequel une stratégie criminelle aurait soutenu l’ascension internationale du groupe. Dans les deux cas, les contrôles à l’exportation et les décisions de sécurité nationale ne disparaîtraient pas automatiquement : ils relèvent de procédures distinctes.
Le procès arrive donc bien après que le marché s’est adapté aux sanctions. Son enjeu est désormais d’établir juridiquement si plusieurs incidents formaient une politique d’entreprise ou seulement une série de comportements individuels. Jusqu’au verdict, les vols de technologies, la fraude bancaire et l’aide à la surveillance en Iran doivent rester présentés pour ce qu’ils sont : des accusations contestées, examinées publiquement devant un jury.
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