Depuis des années, l’informatique quantique est présentée comme la menace ultime pour la cryptographie moderne, capable de faire tomber des verrous comme le RSA grâce à l’algorithme de Shor. Un nouveau travail théorique vient toutefois refroidir cet imaginaire : si l’on en croit une étude baptisée « Rational Quantum Mechanics : Testing quantum theory with quantum computers », les ordinateurs quantiques atteindraient un plafond de performance bien avant de disposer de la puissance nécessaire pour briser les clés les plus utilisées.
Un petit ajustement… aux grandes conséquences
À l’origine de cette idée on trouve Tim Palmer, physicien à l’Université d’Oxford, qui suggère de revisiter un point fondamental de la mécanique quantique. Dans l’approche standard, l’espace de Hilbert — soit la structure mathématique qui décrit l’état d’un système quantique — s’appuie sur un continuum de nombres réels, et ses dimensions explosent avec le nombre de qubits. Or, pour Palmer, « la nature déteste un continuum » : le monde physique serait plus proche d’une géométrie discrète que d’un espace parfaitement continu.

Un seuil d’environ 1 000 qubits
Pourquoi le RSA serait moins menacé qu’annoncé
En pratique, cette approche théorique limiterait l’information réellement exploitable par un état quantique, réduisant de fait l’avantage quantique au-delà d’un certain seuil. Le papier de Palmer avance qu’au-delà d’environ 1 000 qubits intriqués, les algorithmes censés tirer parti de « toutes » les dimensions de l’espace de Hilbert perdraient leur supériorité (ou pour le dire autrement, leur efficience). C’est un point clé de cette nouvelle étude, car certaines estimations évoquent le chiffre de 4 099 qubits stables pour attaquer efficacement le chiffrement RSA-2048, bien au-dessus donc de ce plafond théorique.
Évidemment, cette hypothèse est purement spéculative et devra être éprouvée. Palmer propose pour ce faire des tests expérimentaux, des tests potentiellement réalisables avec les technologies actuelles dans les prochaines années.