Jean-Baptiste Kempf, co-créateur de VLC et président de VideoLAN, menace de quitter la France après que le ministère de la Justice a invalidé la candidature de sa femme à l’ENM, pourtant reçue au concours externe affiché à 4-5 % de réussite. Le motif retenu est une insuffisance d’activité juridique qualifiante, malgré dix ans passés à gérer le contentieux d’un logiciel téléchargé par des centaines de millions d’utilisateurs dans le monde.

Jean-Baptiste Kempf menace de quitter la France
Le concours externe de l’ENM (École nationale de la magistrature) est l’une des voies les plus sélectives du pays : conçu pour permettre aux professionnels du secteur privé d’intégrer la magistrature, il affiche un taux de réussite de 4 à 5 %. L’épouse de Jean-Baptiste Kempf a franchi les épreuves écrites et orales avec succès avant que le ministère ne soulève l’objection d’inéligibilité. C’est une chronologie pour le moins inhabituelle, et d’autant plus difficile à comprendre que la justice française souffre d’un manque structurel de magistrats.
Le ministère oppose au dossier le caractère bénévole de l’activité chez VideoLAN, argument que Jean-Baptiste Kempf balaie dans un billet publié sur LinkedIn. VLC a selon lui « certainement plus fait que la plupart des start-ups de la French Tech, et probablement plus que le Garde des Sceaux ». Plus révélateur encore, le fondateur du logiciel affirme que Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a mis par écrit que « le numérique […] et le droit du numérique ne sont pas utiles au magistrat de l’ordre judiciaire ». C’est une position en décalage total avec une justice qui traite quotidiennement de cybercriminalité, de plateformes en ligne et de litiges numériques.
10 ans de brevets et de droits d’auteur pour un logiciel utilisé partout dans le monde
VLC est l’un des lecteurs multimédia les plus répandus au monde, distribué gratuitement et compatible avec tous les systèmes d’exploitation. Pendant 10 ans, la femme de Jean-Baptiste Kempf en a assuré la défense juridique : « des attaques de centaines d’avocats, pour violation de brevet, de droit d’auteur, et plus d’autres choses parfois farfelues », selon le fondateur du logiciel qui juge ce volet « plus compliqué et complexe que dans la plupart des sociétés que je connais », avec « un champ d’application bien plus large ».
Le cabinet de Gérald Darmanin, informé du dossier selon Jean-Baptiste Kempf, n’a donné suite à aucune des relances. Le Conseil d’État doit encore se prononcer sur le fond, une procédure qui prendra plusieurs mois. C’est ce mur institutionnel qui a conduit Jean-Baptiste Kempf à rompre le silence. « Franchement, je n’y crois plus dans cet État corrompu, qui cultive l’entre-soi, et qui ne se déjugera jamais », écrit-il, avant de menacer de quitter la France.
La réponse de Gérald Darmanin
L’affaire ayant fait un peu de bruit, Gérald Darmanin a répondu à la publication de Jean-Baptiste Kempf sur LinkedIn. Il écrit :
Bonjour Monsieur,
À ma connaissance, je n’ai pas été saisi directement (pas même sur ce réseau social où vous me mettez en cause) et donc je n’ai pas pu répondre à votre épouse ou à vous-même.
Vous avez eu un échange avec la direction des affaires judiciaires qui a décidé, en effet, de refuser son entrée.
Si vous m’écrivez directement ou formez un recours gracieux (ce qu’ont fait d’autres personnes dans vôtre cas à qui j’ai donné raison), j’y répondrai volontiers en prenant en compte vos arguments que je comprends très bien.
J’espère que votre honnêteté vous poussera à modifier votre post qui est donc inexact et, permettez moi de vous le dire, légèrement agressif.
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