La Commission européenne a ouvert une enquête contre Snap et son réseau social Snapchat au titre du Digital Services Act (DSA), pointant un système de contrôle des âges fondé sur la seule auto-déclaration et des paramètres par défaut jugés insuffisants pour protéger les mineurs. Si une violation des règles est établie, Snap risque une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d’affaires mondial annuel.

Un responsable de la Commission européenne a qualifié le système de vérification d’âge de Snapchat de l’un des plus faibles du marché. Le problème est double : des mineurs se déclarent adultes pour contourner les restrictions, tandis que des adultes se font passer pour des adolescents pour approcher des mineurs. Cette même semaine, la Commission a également conclu que le simple fait de cocher une case pour déclarer son âge, pratiqué par quatre sites pornographiques, est insuffisant pour protéger les enfants.
Des paramètres par défaut qui exposent les mineurs
Au-delà de la vérification d’âge, les enquêteurs examinent plusieurs angles simultanément. La fonctionnalité « Trouver des amis » recommande des profils d’enfants et d’adolescents à des utilisateurs adultes. Aussi, les notifications sont activées par défaut, un mécanisme que la Commission identifie explicitement comme un outil d’addiction à la plateforme. Les outils de signalement de contenus illicites sont, eux, jugés peu accessibles.
La Commission européenne s’intéresse aussi à la capacité de Snapchat à prévenir les contacts malveillants, notamment le grooming (manipulation en vue d’exploitation sexuelle), le recrutement à des fins criminelles et la radicalisation, ainsi qu’à la vente de produits illicites ou soumis à restriction d’âge comme les cigarettes électroniques, l’alcool et les drogues.
Un porte-parole de Snap a réagi auprès de certains médias en assurant que « la sécurité et le bien-être de tous les utilisateurs de Snapchat est une priorité absolue » et que la plateforme a « entièrement coopéré avec la Commission à ce jour ». La société est déjà en discussion avec l’UE pour piloter un système de vérification d’âge en cours de développement par la Commission avec six États membres, ce qui permettrait à un utilisateur de prouver qu’il a plus de 18 ans sans divulguer de données personnelles.
Cette enquête s’inscrit dans une séquence judiciaire et réglementaire qui s’accélère. Elle survient la même semaine du verdict californien condamnant Meta et YouTube pour conception addictive préjudiciable à une mineure, et fait suite à des enquêtes DSA déjà ouvertes contre AliExpress, Facebook, Instagram, TikTok et plusieurs sites pornographiques.
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