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Plusieurs branches de l’armée américaine ont désactivé les identifiants publicitaires sur leurs téléphones et ordinateurs professionnels afin de réduire le suivi géographique des militaires. La mesure a été révélée dans des lettres transmises au sénateur Ron Wyden et dans des réponses fournies à Reuters. Elle intervient après des signalements selon lesquels des adversaires étrangers ont acheté des données commerciales pour localiser des soldats déployés au Moyen-Orient.
L’armée de l’air indique avoir neutralisé ces identifiants sur ses ordinateurs et appareils mobiles en juillet. Le commandement des opérations spéciales évoque une modification récente sur Windows. L’armée de terre affirme que le blocage existe depuis avant 2021 sur ses PC et qu’il est appliqué par défaut sur les mobiles depuis au moins février 2026. Les réponses de la marine ne précisent pas leur calendrier.

Un identifiant publicitaire mobile, souvent désigné par l’acronyme MAID, est un numéro attribué à un appareil. Il permet aux régies de rapprocher l’activité réalisée dans plusieurs applications sans utiliser directement le nom du propriétaire. Lorsqu’une application transmet aussi une position, un courtier en données peut associer ce numéro à une succession de lieux et d’horaires.
Pris isolément, le numéro paraît anonyme. Une routine régulière peut pourtant révéler une identité : un appareil passe ses nuits à une adresse, ses journées dans une installation militaire et se déplace ensuite vers une base à l’étranger. En croisant ces points avec des informations accessibles publiquement, un acheteur peut déduire qui l’utilise et suivre son unité. Le risque n’est donc pas seulement publicitaire, mais opérationnel.
La désactivation empêche les applications de recevoir un identifiant stable exploitable de cette manière. Elle réduit la possibilité de retrouver un même appareil dans plusieurs bases vendues en gros. Ce réglage ne coupe toutefois ni le GPS, ni le Wi-Fi, ni le réseau mobile. Une application autorisée à connaître la position peut encore collecter des coordonnées, et d’autres caractéristiques techniques peuvent servir à construire une empreinte moins directe.
D’après les informations publiées par Reuters, les modifications concernent surtout les équipements gérés par l’administration. Les téléphones personnels des militaires, prestataires ou visiteurs ne sont pas automatiquement configurés par le Pentagone. Un seul appareil commercial laissé actif dans une zone sensible peut contribuer à révéler une présence ou un mouvement collectif.
Ron Wyden et le représentant républicain Pat Harrigan demandent donc une enquête sur l’efficacité réelle des protections. Les deux élus estiment que des adversaires ne devraient pas pouvoir acheter avec une carte bancaire des informations utiles pour cibler des forces américaines. Le Pentagone a indiqué qu’il leur répondrait directement, sans détailler de nouvelle règle générale.
Le dossier souligne une contradiction ancienne. Des agences américaines achètent elles-mêmes des données commerciales pour des missions de renseignement ou d’enquête. Nous avions déjà évoqué l’achat de données de localisation par le FBI. Le même marché peut être utilisé par un État étranger, une entreprise ou un individu tant qu’aucune règle n’empêche la vente au client concerné.
Le réglage des identifiants constitue une mesure immédiate et relativement simple. Il faut encore contrôler les autorisations accordées aux applications, limiter leur installation sur les appareils administrés, surveiller les communications réseau et former les utilisateurs. Dans certaines zones, les responsables américains envisagent des restrictions plus strictes sur les téléphones, car une vidéo publiée en ligne ou un appareil connecté peut fournir d’autres indices.
Cette prudence doit rester proportionnée. Interdire tous les appareils complique la communication et le travail quotidien, sans rendre une installation invisible aux satellites ou aux réseaux. Une politique efficace classe les situations : réglages renforcés en temps normal, contrôle des applications sensibles et interdiction temporaire des fonctions de localisation quand le risque opérationnel le justifie.
La décision américaine confirme surtout que l’identifiant publicitaire n’est plus un détail réservé au marketing. Une donnée conçue pour mesurer une campagne peut devenir un capteur de mouvements lorsqu’elle est accumulée et revendue. Le blocage réduit une source identifiable, mais il ne fermera pas le marché des données de localisation. La suite dépendra de la réponse du Pentagone aux élus et de sa capacité à protéger aussi les appareils personnels présents autour de ses installations.
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