Le tribunal correctionnel de Paris a condamné sept personnes à des peines allant jusqu’à cinq ans de prison ferme pour une escroquerie utilisant des IMSI-catchers, des appareils d’interception téléphonique habituellement réservés aux services de police et de renseignement. Une huitième prévenue a été relaxée.

Des voitures comme antennes de phishing mobile
L’affaire débute fin 2022 quand Orange dépose plainte après avoir détecté un comportement radio anormal sur les téléphones de ses abonnés : des SMS frauduleux leur parvenaient sans transiter par le réseau de l’opérateur. En parallèle, lors d’un contrôle routier à Paris, des policiers découvrent un IMSI-catcher dans le coffre d’une voiture conduite par une jeune femme.
L’enquête révèle un système rodé : des machines achetées auprès d’un fournisseur chinois, embarquées dans des voitures roulant à basse vitesse dans Paris pour « capturer » les téléphones aux alentours et leur envoyer des SMS de phishing en masse. Au total, 3,7 millions d’appareils ont été accrochés par l’une des machines mises en cause.
Les deux têtes de réseau identifiées, Abdoulaye Kone et Mohamed Mhadebi, dirigeants d’une société ayant acquis un IMSI-catcher et faisant fait tourner des « mules » au volant, ont écopé de cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé. Leur fournisseur chinois, Yin Nongzhong, arrêté lors d’un voyage en Suisse et jugé en détention en février, a été condamné à quatre ans ferme, à raison d’un an par machine vendue dans cette affaire. Les autres condamnés ont reçu des peines allant de six mois avec sursis probatoire à deux ans ferme.
Le président du tribunal, Guillaume Daïeff, a souligné la portée du préjudice : « Les pouvoirs publics luttent depuis de nombreuses années contre la publicité non désirée (…) L’utilisation d’une telle machine de diffusion cellulaire met à néant cet effort régulatoire »
Orange et l’Agence nationale des fréquences (ANFR), toutes deux parties civiles, ont obtenu réparation : un euro symbolique chacune pour préjudice moral et un autre euro pour le préjudice de désorganisation, ainsique 5 000 euros par chef de préjudice pour Orange. Une seconde équipe impliquée dans les mêmes faits avait déjà été condamnée via un plaider-coupable, avec des peines plafonnées à un an de prison avec sursis et 70 000 euros d’amende.