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Le photovoltaïque n’en finit plus de repousser ses limites, et la fin d’année 2025 a apporté un nouveau jalon très commenté : une cellule tandem pérovskite/silicium annoncée à 32,6% d’efficacité sur un format industriel, et un module associé mesuré à 865 W. Derrière ces chiffres, un message clair : la technologie tandem ne se contente plus d’exploits en laboratoire sur de minuscules surfaces, elle progresse vers des formats compatibles avec les chaînes de production et les standards des grandes fermes solaires.

Selon l’annonce publiée fin décembre 2025, Trina Solar et le Huairou Laboratory indiquent avoir atteint 32,6% de rendement sur une cellule tandem pérovskite/silicium cristallin au format 210 mm “half-cut”, avec une validation indépendante citée. En parallèle, l’entreprise met en avant un module “standard industriel” de 3,1 m² délivrant une puissance crête de 865 W (là aussi avec une certification externe mentionnée).
Si l’on rapporte cette puissance à la surface annoncée, on obtient un ordre de grandeur parlant : 865 W pour 3,1 m² équivaut à une efficacité module d’environ 28% dans les conditions de référence (STC). C’est très au-dessus des modules silicium dominants, qui gravitent généralement autour de la zone des 21–23% en production de masse, selon les gammes et technologies.
Le principe du tandem consiste à empiler deux absorbeurs complémentaires. La pérovskite (couche supérieure) capte efficacement une partie du spectre solaire, tandis que le silicium (couche inférieure) récupère les longueurs d’onde que la pérovskite laisse passer. Résultat : on limite les pertes énergétiques inhérentes à une cellule simple jonction, ce qui ouvre la voie à des rendements plus élevés.
Sur le papier, l’idée est élégante. Dans la pratique, elle impose une ingénierie exigeante : qualité des couches, stabilité chimique, interfaces, alignement des courants (dans les architectures dites deux terminaux), contrôle des défauts et tenue à long terme. C’est précisément pour cela que les annonces sur des surfaces plus grandes sont scrutées : la performance doit rester élevée quand on change d’échelle.
Ces performances sont présentées comme atteintes sur des formats jugés plus proches de l’industrie. Le détail 210 mm half-cut n’est pas anodin : il renvoie aux grands formats de wafers largement utilisés dans les modules pour centrales solaires, avec des choix d’architecture (demi-cellules, interconnexions) pensés pour réduire certaines pertes et mieux gérer les contraintes électriques et thermiques.
À puissance égale, un module plus efficace signifie typiquement :
Dans une industrie où chaque dixième de pourcentage compte, franchir un cap sur des formats réalistes peut accélérer la compétition sur le coût du kWh, surtout dans les régions à fort ensoleillement où la production annuelle est élevée.
Une annonce de record ne signifie pas une commercialisation immédiate. Le tandem pérovskite/silicium doit encore démontrer, à grande échelle, une combinaison difficile : haut rendement, uniformité de fabrication et durabilité sur 20 à 30 ans. Plusieurs points concentrent l’attention :
Les pérovskites ont progressé à grande vitesse, mais leur stabilité face à l’humidité, à l’oxygène, à la chaleur et aux UV reste un sujet central. Les encapsulations évoluent, les formulations aussi, mais le terrain est impitoyable : cycles thermiques, microfissures, contraintes mécaniques et vieillissement accéléré.
Déposer des couches pérovskites de manière homogène sur de grandes surfaces, avec des rendements industriels élevés (faible taux de rebut) est un défi d’ingénierie. La compatibilité avec les lignes existantes, les cadences, et la répétabilité sont des paramètres aussi cruciaux que l’efficacité elle-même.
Une partie des pérovskites les plus performantes contient du plomb. L’industrie travaille sur des stratégies de confinement, de recyclage et parfois sur des alternatives, mais la question de l’acceptabilité réglementaire et des filières de fin de vie restera au cœur des débats, surtout à mesure que les volumes augmenteront.
Le tandem pérovskite/silicium est aujourd’hui l’un des axes les plus crédibles pour dépasser le plafond pratique des technologies silicium avancées (TOPCon, hétérojonction, back-contact). La concurrence est intense, et les records s’enchaînent entre fabricants et laboratoires. En toile de fond, le marché attend un basculement : le moment où les tandems offriront non seulement un rendement supérieur, mais aussi une fiabilité et un coût compatibles avec des déploiements massifs.
Dans l’annonce de Trina Solar, le vice-président Yifeng Chen souligne l’importance de cette étape : “Nous sommes heureux d’annoncer deux nouveaux records mondiaux (…) ces résultats marquent une étape pour le photovoltaïque à très haut rendement.” Une formulation qui résume bien l’objectif : transformer une promesse technologique en produit industriel.
Reste à voir la suite : lignes pilotes, validations sur la durée, retours d’expérience en conditions réelles et, surtout, calendrier de mise sur le marché à grande échelle. Mais une chose est déjà acquise : en affichant 32,6% sur cellule grand format et 865 W sur module, le tandem pérovskite/silicium impose un nouveau repère — et remet un coup d’accélérateur à la course mondiale vers un solaire toujours plus dense, plus performant et plus compétitif.
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