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Le spécialiste français de l’informatique quantique Pasqal a fait ses débuts au Nasdaq sous le symbole PSQL, après avoir finalisé sa fusion avec Bleichroeder Acquisition Corp. II. Le titre a gagné jusqu’à 73 % pendant sa première séance avant de réduire son avance autour de 40 %, signe d’un fort intérêt mais aussi d’une volatilité élevée. L’opération laisse environ 360 millions de dollars de trésorerie à l’entreprise pour développer ses machines et accélérer leur adoption commerciale.
Cette cotation donne au secteur quantique français une exposition rare sur les marchés américains. Elle ne signifie pas que les ordinateurs de Pasqal ont déjà franchi tous les obstacles techniques ni que l’activité est rentable. Elle offre surtout au constructeur des moyens supplémentaires pour industrialiser une technologie encore jeune, fondée sur des atomes neutres manipulés par des lasers.

Un ordinateur traditionnel encode l’information dans des bits valant zéro ou un. Un processeur quantique utilise des qubits pouvant représenter des superpositions de ces états. Chez Pasqal, chaque qubit est un atome neutre maintenu dans une position précise par un faisceau laser, comme une particule saisie par une pince optique. D’autres impulsions contrôlent ensuite les interactions entre les atomes afin d’exécuter un calcul.
Cette architecture a plusieurs attraits. Les atomes d’un même élément sont naturellement identiques et le système n’exige pas le froid extrême caractéristique de certaines puces supraconductrices. Elle conserve toutefois les difficultés communes au quantique : les qubits sont fragiles, les erreurs s’accumulent et les gains annoncés doivent être démontrés sur des problèmes utiles, pas seulement sur des expériences de laboratoire.
La technologie de Pasqal s’appuie sur les travaux de chercheurs parmi lesquels Alain Aspect, colauréat du prix Nobel de physique 2022 et cofondateur de l’entreprise. La société affirme avoir déployé sept machines, dont quatre dans des centres nationaux de calcul en France, en Allemagne, en Italie et au Canada. Trois systèmes seraient déjà utilisés en production et plus de 25 applications auraient été développées avec des partenaires.
Selon le communiqué de clôture de l’opération, les actions ordinaires et les warrants ont commencé à être négociés le 28 août. La transaction valorise Pasqal autour de deux milliards de dollars. Bpifrance a participé au financement, aux côtés d’autres investisseurs, ce qui maintient un soutien public français dans cette nouvelle phase.
Les 360 millions de dollars annoncés correspondent à la trésorerie disponible à la clôture, pas au chiffre d’affaires ni à un bénéfice. Pasqal a réalisé 16,5 millions d’euros de revenus en 2025 et reste déficitaire. Le rapport entre cette activité et la valorisation montre que le marché paie surtout une perspective de croissance. La flambée de la première séance doit donc être lue avec prudence : un faible volume, l’enthousiasme pour le quantique et la structure d’une fusion avec un véhicule coté peuvent amplifier les mouvements.
Pasqal prévoit d’utiliser ces moyens pour augmenter sa capacité de production, poursuivre la recherche et installer davantage de processeurs. Ses usines en France et au Canada peuvent produire ensemble jusqu’à treize machines par an, selon les données communiquées. Parmi ses clients figure Saudi Aramco, mais la multiplication des installations devra s’accompagner de cas d’usage générant une valeur mesurable.
La cotation intervient alors que les États financent largement les technologies jugées stratégiques. La France a récemment annoncé 1,3 milliard d’euros pour la tech française et européenne. Dans le quantique, cette compétition couvre les processeurs, mais aussi les logiciels, les réseaux et la cryptographie. Des chercheurs ont par exemple réalisé la téléportation d’un photon sur plusieurs centaines de mètres, tandis que les conséquences pour le chiffrement restent souvent exagérées : les machines actuelles sont encore loin de casser RSA à grande échelle.
Pour Pasqal, la bonne mesure du succès ne sera donc pas uniquement le cours de PSQL. Il faudra suivre la fiabilité des processeurs, le nombre de machines effectivement livrées, les contrats récurrents et la capacité des clients à obtenir un avantage sur une méthode classique. La société devra également absorber les obligations de transparence d’une entreprise cotée tout en continuant une recherche coûteuse et incertaine.
L’arrivée au Nasdaq apporte à Pasqal du capital, de la visibilité et une monnaie d’échange pour d’éventuels partenariats. Elle expose en retour l’entreprise à des attentes trimestrielles qui s’accordent mal avec le rythme de la science fondamentale. Le bond initial constitue une étape symbolique pour l’écosystème français ; les progrès des prochaines années diront s’il accompagne une véritable industrialisation des atomes neutres ou seulement l’un des cycles d’enthousiasme du marché.
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