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LEGO utilise désormais de l’e-méthanol pour fabriquer plus de 90 éléments rigides, parmi lesquels des axes, des connecteurs, des volants et les mains de ses minifigurines. L’annonce marque le passage d’un accord industriel et de plusieurs années d’essais à une utilisation effective de cette matière première dans la production, sans changement annoncé pour la solidité ou la sécurité des pièces.

L’e-méthanol n’est pas une nouvelle résine visible dans la brique. Il sert de matière première en amont de la chaîne chimique, à la place d’un méthanol traditionnellement produit à partir de gaz naturel ou de charbon. Pour le fabriquer, de l’électricité renouvelable alimente des électrolyseurs qui séparent l’hydrogène de l’eau. Cet hydrogène est ensuite combiné à du dioxyde de carbone capté dans une installation de biogaz.
Le fournisseur est l’usine de Kassø, dans le sud du Danemark, exploitée par European Energy avec Mitsui. Le site associe un parc solaire de 304 MW, une capacité d’électrolyse de 52 MW et du CO₂ biogénique. Sa production annuelle peut atteindre 42 000 tonnes d’e-méthanol. Le même produit alimente aussi des usages très différents : carburant maritime chez Maersk et matières plastiques pour des dispositifs médicaux de Novo Nordisk.
Pour LEGO, le point délicat est la constance du matériau. Deux pièces produites à plusieurs années d’intervalle doivent s’emboîter avec la même précision, résister aux manipulations et satisfaire des normes strictes applicables aux jouets. Le groupe affirme avoir consacré plus de cinq ans au partenariat, aux essais et à la montée en échelle avant d’étendre la matière à cette liste d’éléments.
Le changement ne signifie toutefois pas que les 90 pièces sont composées à 100 % de carbone renouvelable. LEGO n’indique ni la proportion exacte d’e-méthanol incorporée à chaque plastique, ni les volumes de pièces concernés, ni le gain d’émissions calculé sur l’ensemble du cycle de vie. La société emploie une logique de chaîne d’approvisionnement : une matière première renouvelable entre dans la production et remplace une quantité correspondante d’origine fossile, mais elle n’est pas nécessairement traçable jusqu’à une pièce précise une fois les flux industriels mélangés.
C’est une limite importante pour interpréter l’annonce.
Une main de minifigurine ne devient pas biodégradable et doit conserver sa longue durée de vie. L’intérêt se situe dans l’origine du carbone utilisé pour fabriquer le polymère, pas dans la fin de vie de la pièce.
Le projet remonte à un accord conclu en 2023 entre European Energy, LEGO et Novo Nordisk. À l’époque, le fabricant de jouets parlait encore d’explorer le potentiel de l’e-méthanol, de produire des prototypes puis d’envisager une commercialisation. L’usine de Kassø a commencé à fonctionner en 2025 ; le nouvel élément est donc l’intégration déclarée dans plus de 90 références de production, et non la découverte du procédé.
Cette filière présente un avantage clair : elle permet d’utiliser du carbone capté et de l’électricité renouvelable dans une industrie difficile à électrifier directement. Elle reste néanmoins gourmande en énergie. Il faut produire l’hydrogène, capter et transporter le CO₂, puis synthétiser et purifier le méthanol. Le bilan dépend donc de l’électricité réellement utilisée, de la source du carbone, du transport et de la proportion de matière fossile effectivement évitée.
LEGO maintient son objectif de recourir davantage à des matières renouvelables et recyclées d’ici 2032, mais reconnaît qu’aucune recette unique ne couvrira tout son catalogue. Le groupe indique avoir testé plus de 600 matériaux et emploie déjà de la canne à sucre pour certains éléments souples, des filets de pêche ou de l’huile moteur recyclée pour certains pneus, et du marbre artificiel pour des pièces transparentes. L’e-méthanol rejoint cette mosaïque de solutions avec un premier périmètre industriel vérifiable, mais sans données publiques suffisantes pour chiffrer l’effet climatique des 90 éléments annoncés.
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23 Oct. 2026 • 16:30