À partir de cet été, la carte d’identité virtuelle disponible via l’application France Identité sera acceptée comme moyen de contrôle pour embarquer sur tous les vols au départ des aéroports français, selon la DGAC (direction générale de l’aviation civile). Cette victoire symbolique pour l’application lancée il y a deux ans masque mal un échec structurel : malgré 3,6 millions d’utilisateurs, France Identité reste paralysée par des blocages juridiques et une fragmentation administrative.

Votre smartphone comme pièce d’identité pour l’avion
Les Français pourront présenter leur carte d’identité numérique sans sortir leur carte d’identité physique, bien que le passeport physique demeure obligatoire pour les passages de frontière, comme l’indique Le Parisien. Cette avancée dans les aéroports marque l’une des rares percées concrètes de l’application dans le monde réel, deux ans après son déploiement.
Car la promesse initiale semble loin : faciliter les démarches administratives en intégrant une preuve d’identité numérisée dans le smartphone, jugé moins facile à oublier qu’un portefeuille. La mission n’est accomplie qu’en partie. France Identité, qui héberge aussi le permis de conduite et la carte Vitale dématérialisés, permet de se connecter à plus de 1 800 services publics via FranceConnect sans jongler entre identifiants et mots de passe. Elle génère également une copie officielle de la carte nationale d’identité électronique (CNIe) qui évite les photocopies et limite la fraude.
Des usages qui restent limités
Les succès restent des cas isolés. Les policiers et gendarmes peuvent contrôler les documents avec leur smartphone NEO compatible. La SNCF a adopté le système il y a un an, générant un QR Code lisible par son personnel équipé d’appareils dédiés. Mais au-delà de ces cas d’usage, le dispositif s’enfonce.
La situation se complique sérieusement dans les autres administrations et entreprises publiques, où persistent des blocages juridiques et opérationnels. L’acceptation reste purement optionnelle, laissant chaque entité libre de refuser le dispositif étatique. Pour le retrait de colis, La Poste affirme que « France Identité Numérique fait partie des alternatives étudiées à la carte d’identité physique, à l’instar de nombreuses autres solutions numériques telles que la signature électronique ou les portefeuilles d’identité numérique européens ».
Cette prudence diplomatique dissimule un conflit d’intérêts flagrant : La Poste développe en parallèle sa propre solution baptisée « Identité Numérique », plaçant la carte d’identité dématérialisée en concurrence directe avec le système gouvernemental qu’elle est censée promouvoir. Cette guerre de territoires illustre l’incapacité de l’État à imposer (pour l’instant du moins) son système, même au sein de ses propres structures. Sans cadre juridique contraignant ni coordination interministérielle, France Identité restera une application à géométrie variable, utilisable dans quelques lieux triés sur le volet mais ignorée ailleurs.
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