KultureGeek Smartphones Smartphones : progrès écologique réel ou greenwashing technologique ?

Smartphones : progrès écologique réel ou greenwashing technologique ?

7 min.
9 Mar. 2026 • 9:00
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Alors que le marché du smartphone entre dans un nouveau cycle de renouvellement avec l’arrivée des dernières gammes premium, la question de leur impact environnemental revient au centre du débat. Entre promesses de matériaux recyclés, baisse des émissions de production et allongement de la durée de vie logicielle, les fabricants multiplient les arguments pour défendre une électronique plus responsable. Mais derrière ces annonces, quelle est la réalité du bilan carbone des modèles les plus récents ?

Un rapport publié par Greenly, entreprise spécialisée dans la comptabilité carbone, s’est penché sur les données environnementales communiquées par plusieurs acteurs majeurs du secteur. L’analyse porte sur quatre smartphones haut de gamme : l’iPhone 17 Pro d’Apple, le Galaxy S25 de Samsung, le Pixel 10 de Google et le Xiaomi 14, utilisé comme référence pour représenter la gamme premium du constructeur chinois. L’étude s’intéresse également à l’iPhone Air, un modèle présenté par Apple en 2025, qui met davantage l’accent sur l’allègement de l’appareil et l’usage de matériaux recyclés.

Ecologies Et Smartphones

La fabrication concentre toujours l’essentiel de l’empreinte carbone

Le constat principal de l’étude est sans surprise : la phase de fabrication reste de loin le poste le plus émetteur dans le cycle de vie d’un smartphone. Selon Greenly, entre 80 et 85 % des émissions totales d’un appareil proviennent de sa production, en incluant l’extraction des matériaux, l’assemblage, le transport jusqu’au consommateur ainsi que la gestion de sa fin de vie.

D’après les chiffres compilés par l’entreprise, le Galaxy S25 afficherait l’empreinte de fabrication la plus faible parmi les modèles étudiés, avec 42,73 kgCO₂. Le Xiaomi 14 suivrait avec 47,22 kgCO₂, tandis que l’iPhone 17 Pro serait estimé à 51,2 kgCO₂. Le Pixel 10 présenterait, selon cette méthodologie, le niveau le plus élevé, avec 73,8 kgCO₂. Ces écarts illustrent les différences de conception, d’approvisionnement et de communication environnementale entre les marques.

Greenly souligne toutefois que la comparaison a ses limites. Tous les constructeurs ne publient pas leurs données avec le même niveau de précision. Apple, par exemple, détaille l’empreinte carbone selon les capacités de stockage, ce qui permet de mesurer l’impact d’une version 256 Go ou supérieure. D’autres fabricants communiquent uniquement sur une configuration donnée, ce qui peut rendre les comparaisons moins homogènes. De manière générale, une hausse de la capacité de stockage se traduit par plusieurs kilogrammes supplémentaires d’émissions.

La recharge pèse moins, mais varie selon le pays d’utilisation

La phase d’utilisation représente une part plus réduite du bilan carbone d’un smartphone, mais elle n’est pas négligeable. Sur une durée de vie moyenne de trois ans, Greenly estime que le Galaxy S25 émettrait 2,97 kgCO₂ pendant l’usage, contre 5,78 kgCO₂ pour le Xiaomi 14 et 8,2 kgCO₂ pour le Pixel 10. Chez Apple, la moyenne retenue entre l’iPhone 17 Pro et l’iPhone Air atteint 11,1 kgCO₂ sur la même période.

Ces différences dépendent en partie des hypothèses retenues par les constructeurs sur la consommation électrique de leurs appareils. Mais elles tiennent aussi au mix énergétique du pays dans lequel le téléphone est rechargé. Greenly cite le cas de Google, qui estime à 21 kWh la consommation électrique sur trois ans pour son modèle. Avec un mix électrique fortement carboné, comme celui des États-Unis dans certaines régions, cela conduit à un niveau d’émissions nettement supérieur à celui d’un pays comme la France, où la production d’électricité est davantage décarbonée.

Autrement dit, un même smartphone n’a pas exactement le même impact selon l’endroit où il est utilisé. Ce point rappelle que l’empreinte environnementale du numérique dépend aussi d’éléments extérieurs au produit lui-même, notamment de l’infrastructure énergétique disponible.

Les volumes de vente changent l’échelle du problème

L’étude ne s’arrête pas à l’impact unitaire de chaque appareil. Greenly cherche également à mesurer ce que représentent ces émissions lorsqu’elles sont multipliées par les volumes expédiés à l’échelle mondiale. Pour 2024, l’entreprise retient des estimations de 231,8 millions d’unités pour Apple, 223,4 millions pour Samsung, 169 millions pour Xiaomi et environ 14 millions pour Google.

Cette différence de volumes change considérablement la lecture des résultats. Même lorsqu’un modèle présente des émissions relativement contenues à l’unité, l’empreinte globale devient massive lorsqu’il est vendu à plusieurs centaines de millions d’exemplaires. Greenly estime ainsi que les émissions liées à la phase d’utilisation des iPhone vendus sur une année atteindraient environ 2,57 millions de tonnes de CO₂e. À titre d’ordre de grandeur, cela correspondrait aux émissions annuelles de près de 559 000 voitures. Samsung serait autour de 0,66 million de tonnes, Xiaomi autour de 0,98 million, et Google environ 0,11 million.

Ces chiffres montrent que la question environnementale des smartphones ne se résume pas à l’efficacité d’un appareil isolé. Elle dépend aussi fortement du rythme de renouvellement du marché et du nombre total d’unités mises en circulation chaque année.

L’iPhone Air, vitrine d’une évolution plus que d’une rupture

Greenly accorde une attention particulière à l’iPhone Air, un modèle introduit par Apple en 2025. Selon les éléments mis en avant par l’entreprise, ce smartphone plus fin et plus léger recourt davantage à des matériaux recyclés, dont un cadre en aluminium 100 % recyclé. Apple indique également une part plus importante d’électricité renouvelable mobilisée dans sa fabrication par rapport à certains modèles antérieurs.

D’après les calculs repris dans le rapport, l’iPhone Air en version 256 Go afficherait un total de 55 kgCO₂ sur l’ensemble de son cycle de vie, contre 64 kgCO₂ pour l’iPhone 17 Pro. Cela représenterait une baisse d’environ 15 %. Greenly estime néanmoins que le bénéfice du recours accru aux matériaux recyclés reste limité à l’échelle d’un seul appareil, avec un gain d’environ 3,3 kgCO₂. En revanche, appliqué à des dizaines ou centaines de millions d’unités, cet écart devient significatif.

Le cabinet y voit un signal intéressant, mais pas un basculement complet du modèle industriel. En clair, ces efforts peuvent réduire l’empreinte par smartphone, sans effacer le fait que la fabrication reste l’étape la plus lourde du point de vue climatique.

Des efforts industriels, mais un débat qui dépasse les annonces des marques

Le rapport met en avant des progrès réels chez plusieurs fabricants, notamment à travers une meilleure intégration de matériaux recyclés, des procédés de production moins émetteurs ou une communication environnementale plus détaillée. Greenly estime en revanche que Google conserve une empreinte unitaire plus élevée sur le modèle étudié, même si son impact global reste mécaniquement plus faible en raison de volumes de vente très inférieurs à ceux d’Apple ou de Samsung.

Pour autant, la question de fond ne se limite pas aux efforts des industriels. Le secteur du smartphone reste structuré par un renouvellement rapide des gammes, soutenu par des lancements annuels et par une pression continue sur l’innovation. Dans ce contexte, l’impact environnemental dépend aussi du comportement des utilisateurs. Allonger la durée de vie d’un téléphone, remplacer sa batterie, le faire réparer, conserver plus longtemps son appareil ou se tourner vers le reconditionné sont souvent des leviers plus efficaces que l’achat d’un modèle simplement présenté comme plus vert.

Alexis Normand, CEO et cofondateur de Greenly, estime en substance que les gains obtenus sur un appareil peuvent devenir importants lorsqu’ils sont multipliés à très grande échelle. Mais il souligne aussi que la question centrale reste celle du volume de production et du rythme de remplacement des smartphones. En d’autres termes, l’amélioration du bilan carbone des nouveaux modèles existe, mais elle ne suffit pas à elle seule à répondre aux enjeux écologiques du secteur.

À mesure que les fabricants cherchent à concilier innovation, intelligence artificielle embarquée, performances photo et exigences réglementaires, la pression autour de la sobriété numérique devrait continuer de monter. Les prochaines années diront si les engagements affichés relèvent d’une transformation progressive de l’industrie ou s’ils restent surtout un argument de communication dans un marché qui continue, avant tout, à vendre du renouvellement.

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Un commentaire pour cet article :

  • Lehulk
    Il faut partir du principe que l écologie et l économie capitaliste sont incompatibles. Est il nécessaire de faire un téléphone tout les ans ? Pour une entreprise non pour la compétition face à une autre entreprise oui . Donc après mettre de l IA pour concevoir , calculer pour minimiser l emprunte écologique, optimiser pour consommer le moins possible en recharge est conflictuel au fait qu il faut des serveurs gourmands en eau , energies ( meme verte), matières premières pour fabriquer les fermes à IA ainsi que les infrastructures pour y accéder. Mais ceci est juste mon avis

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