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Alec Holowka (Night in the Woods) met fin à ses jours dans la foulée d’accusations publiques sur Twitter

Il y a quelques jours, Alec Holowka, développeur et compositeur brillant de la scène indé (Night in the Woods, Celeste) était publiquement accusé par Zoe Quinn de l’avoir agressé sexuellement (dans le cadre d’une relation consentie à l’origine). Les faits incriminés, largement répandus sur Twitter, ont valu à Holowka d’être impitoyablement mis au ban de son studio de développement. Par la suite, les connaissances de travail d’Holowka ont annoncé prendre leur distance avec ce dernier. Trois jours après ces accusations, la sœur du développeur a confirmé le décès du développeur, un quasi euphémisme pour ne pas parler directement de suicide.

Les tweets accusateurs et terribles de Zoe Quinn, vous n’en avez pas eu connaissance dans KultureGeek, et ce pour une raison simple : l’auteur de ces lignes estime en effet que relayer cette accusation revient ni plus ni moins à enfreindre certaines règles éthiques DE BASE, des règles d’autant plus importantes à suivre que les suicides d’individus publiquement accusés de « crimes » sexuels (sans passer par la case justice) se sont multipliés depuis un an. Et ce n’est pas la seule « info » de ce type que vous avez « loupé » sur KG ces derniers jours puisque plusieurs accusations publiques et nominatives dans le monde du jeu vidéo – accusations qui se sont soldées par la « mort sociale » des personnes visées  – n’ont pas eu droit elles aussi aux honneurs de nos colonnes.

Pour faire bref, rappelons que la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen stipule que « Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées » ou bien encore que la charte d’éthique professionnelle des journalistes du SNJ considère qu’un journaliste doit impérativement « respecter la dignité des personnes et la présomption d’innocence ». Dans le cas de l’ « affaire » Holowka (et des autres « affaires » sorties ces derniers jours), l’accusation ne respecte pas les règles contradictoires normales de la procédure judiciaire. On note ainsi une absence de plainte formelle (impossible donc pour Holowka de se défendre directement selon la procédure judiciaire classique) et des accusations relayées sur un réseau social qui prend la forme d’un procès public et à charge (pour ne pas parler de lynchage). En d’autres termes, le simple fait de relayer l’info augmente ici sa capacité de nuisance en lui donnant une « légitimité » qui est le seul apanage réel de la justice. Donner un nom peut certes avoir un sens dans le cas de prédateurs puissants (comme Weinstein ou Bill Cosby) soupçonnés d’avoir fait des dizaines de victimes, mais la ligne rouge est facilement franchie lorsqu’il s’agit d’une accusation unique : sachant que ce type d’accusation se termine le plus souvent par la mort sociale de l’accusé (perte d’emploi, perte de soutiens, shitstorm ultra violent sur les réseaux sociaux, etc.), sans même que la justice (la vraie) n’ait donné son verdict, les médias dans leur ensemble se retrouvent donc dans une situation de responsabilité ABSOLUE lors du traitement de ces affaires.

Dans le cas d’Alec Holowka, l’affaire est d’autant plus dérangeante (euphémisme) que l’accusatrice avait elle-même subi le « shitstorm » des réseaux sociaux lors du tristement célèbre GamerGate (Quinn a même co-fondé une association de lutte contre le harcèlement en ligne !). En outre, Zoe Quinn savait parfaitement que Holowka était psychologiquement malade, au point de suivre un traitement (ce que sa famille a d’ailleurs confirmé lors de l’annonce de son décès). Un tel témoignage public sur un réseau aussi toxique que Twitter semblait donc, à minima, plutôt irresponsable dans le contexte. Le suicide du développeur quelques jours seulement après la publication des Tweets confirme d’ailleurs l’extrême dangerosité de cette « stratégie » accusatoire.

Enfin, et pour clore ce long chapitre, votre serviteur avoue avoir été passablement écœuré par bon nombre de réactions (de nos confrères parfois) qui se refusent à établir le moindre lien entre le suicide d’Holowka et le shitstorm qui a immédiatement suivi les accusations publiques de Zoe Quinn sur Twitter (« ce dernier était malade, donc… »). Alors que depuis plusieurs années, les médias, dans une belle unanimité (légitime cette fois), dénoncent les harcèlements numériques ayant conduit au suicide de plusieurs jeunes femmes, ces derniers n’ont même pas évoqué l’hypothèse que le « shitstorm-Twitter » ait pu jouer un rôle dans le suicide d’Holowka; un « double standard » au mieux lâche (et sexiste de surcroit ?), au pire irresponsable encore puisque cette réaction semble indiquer qu’aucune leçon ne sera tirée de la mort du développeur. Les têtes vont donc continuer à tomber… et pas seulement au sens figuré. La vie des hommes qui n’ont pas la capacité de résister à la pression des réseaux sociaux ne vaut décidément plus grand chose.



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17 commentaires pour cet article :

  1. Bon article et bon éthique.

    • Un bon article n’aurait pas utilisé le terme d’agression sexuelle. Quinn n’a jamais accusé Holowska d’agression sexuelle, mais d’abus psychologique (ce dont elle a elle-même été accusé par un ex).
      Et pour être tout à fait exhaustif et honnête, quand on parle de la lutte de Quinn contre le harcèlement, il me parait utile de préciser qu’elle traine elle-même des accusations de harcèlement…

  2. Sur Internet, l’accusé doit prouver son innocence et non à l’accuseur de prouver ses dires. C’est d’autant plus tragique dû au fait qu’il sera impossible pour Alec Holowka de payer ou gagner gain de cause selon la véracité des accusations de Zoe Quinn.

    Cette situation est similaire à l’affaire Mignogna où la personne se bat pour diffamation contre ses détracteurs qui semblent avoir conspiré pour le faire tomber.

  3. Le fond de cet article est plutot bon. Mais alors sa forme…

  4. C’est franchement triste

  5. Un grand merci à l’auteur et à KultureGeek pour cette présence d’esprit et le grand respect dédié à l’éthique et à la présomption d’innocence.
    Je ne me tient pas particulièrement informé sur les développeurs et studios de jeux vidéos mais cette disparition de par sa nature m’affecte particulièrement.
    KultureGeek, un média d’information respectable qui n’est pas à l’affût d’audience dont il se fait rare de nos jours. 👏🏼

  6. Kenny Chery

    Pour ma part je trouve l’article de qualité, merci de nous apporter notre dose de « KutureGeek » avec ethique journalistique !

  7. merci pour l’article et de défendre des valeurs rappelant la présomption d’innocence.

  8. Je viens encore de le relire, merci.
    Ça fait vraiment plaisir qu’il existe encore des journalistes dans ce domaine avec une étique de travail, pas dans le racolage ou le sensationnel et qui osent dénoncer les pratiques des confrères.
    Merci à vous et merci à KG.

  9. Un immense bravo au journaliste de KG. On appelle cela professionnalisme, je vous respecte de ne pas avoir relayé, et d’avoir rappelé la déclaration des droits de l’homme, il existe encore de nos jours des êtres humains censés sur internet.

    Franchement merci de ne pas avoir relayé.

  10. Merci et bravo pour votre respect de principes de base que bon nombre de journaux et de twittos semblent oublier: présomption d’innocence, la nécessité d’une procédure en bon et due forme…

    Ces règles et principes constituent tout simplement la différence entre la liberté et la tyrannie. Autrefois précieuses pour garantir la liberté individuelle face au pouvoir royal, elles semblent aujourd’hui vitales quand le roi est n’importe quel twittos qui peut détruire votre vie au moyen de simples accusations.

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