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La Banque centrale européenne a mis en service Pontes, un nouveau dispositif qui permet de régler en monnaie de banque centrale des transactions portant sur des titres enregistrés sur une blockchain ou un registre distribué. Deutsche Bank, Santander et Clearstream figurent parmi les premiers acteurs raccordés à ce pont entre les infrastructures financières traditionnelles et les marchés tokenisés.
Le lancement concrétise un projet que la BCE préparait depuis plusieurs mois. Nous avions déjà évoqué l’arrivée prévue de la monnaie centrale sur la blockchain avec Pontes. Le service est désormais opérationnel, avec des horaires initiaux limités aux jours ouvrés, de 8 heures à 16 heures, heure d’Europe centrale.

Lorsqu’une obligation ou un autre actif financier est représenté sous forme de jeton numérique, son échange pose une question simple : comment transférer simultanément le titre et le paiement ? Les plateformes peuvent utiliser un stablecoin privé, un dépôt bancaire tokenisé ou un autre actif numérique, mais chacune de ces solutions introduit un risque lié à l’émetteur du moyen de paiement.
Pontes relie ces marchés aux systèmes de paiement de l’Eurosystème. La partie financière de l’opération est réglée avec de la monnaie émise par la banque centrale, celle que les établissements détiennent sur leurs comptes auprès de l’institution. L’objectif est d’assurer une livraison contre paiement : le titre ne change de propriétaire que si le transfert d’euros est exécuté, ce qui réduit le risque qu’une seule moitié de la transaction aboutisse.
La BCE ne déplace pas nécessairement tout son système sur une blockchain. Pontes joue plutôt le rôle d’une passerelle entre plusieurs technologies de registre distribué et les infrastructures centrales existantes. Cette approche évite d’imposer immédiatement un réseau unique aux banques, aux dépositaires et aux émetteurs qui expérimentent des solutions différentes.
Pour accompagner le démarrage, l’institution prévoit d’investir une part limitée de ses propres fonds dans des titres libellés en euros et émis sur une blockchain. Les actifs devront bénéficier d’une qualité de crédit élevée et provenir d’institutions publiques. Le montant n’a pas été détaillé, mais il sera prélevé sur un portefeuille d’environ 23 milliards d’euros géré pour le compte propre de la BCE.
L’achat a une portée pratique autant que symbolique. Il crée une demande institutionnelle pour des émissions encore peu liquides et oblige la BCE à tester elle-même les procédures de conservation, de règlement et de suivi comptable. Il ne s’agit cependant pas d’un programme d’achat massif comparable aux interventions de politique monétaire menées sur les marchés obligataires.
Les premiers utilisateurs devront composer avec une plage d’ouverture courte par rapport aux marchés de cryptoactifs, qui fonctionnent en permanence. La BCE prévoit d’élargir progressivement les horaires. Le passage à un fonctionnement continu exigera que les services de liquidité, de surveillance, de support et de cybersécurité puissent eux aussi rester disponibles en dehors des journées bancaires classiques.
Le nouveau service vise les transactions entre institutions financières. Il ne permet pas aux particuliers de payer dans un magasin ni de détenir directement un portefeuille auprès de la BCE. L’euro numérique de détail constitue un autre projet, avec ses propres choix techniques, politiques et juridiques. Sa mise en circulation éventuelle est actuellement envisagée autour de 2029.
La distinction est importante, car Pontes peut évoluer sans attendre toutes les décisions relatives au futur moyen de paiement grand public. Les banques et les infrastructures de marché disposent déjà de monnaie centrale ; le défi consiste ici à la synchroniser avec des titres numériques. Dans d’autres pays, les banques centrales explorent également différentes formes de monnaie numérique, comme le nouvel élan donné au yuan numérique en Chine, mais les usages de détail et de gros ne répondent pas aux mêmes besoins.
La BCE n’a pas encore fixé la date d’un fonctionnement 24 heures sur 24 ni publié le volume de transactions attendu durant la phase initiale. Les premières opérations de Deutsche Bank, Santander et Clearstream permettront de mesurer la compatibilité de Pontes avec plusieurs registres distribués avant l’extension des horaires et l’arrivée d’autres participants.
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