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Batman Origines : le mythe du super-héros revisité par l’anthropologie

« Entamer une recherche scientifique sur un personnage de bande dessinée pose un problème. Associer une méthode rigoureuse et un élément de culture populaire, c’est, en somme, parler sérieusement d’un sujet peu sérieux ». Ainsi commence Batman Origines, l’essai d’anthropologie de Justine Marzack, essai dont l’objet n’est autre que l’un des super-héros les plus emblématiques qui soit (parce que sans aucun doute aussi le plus « humain ») : Batman.

L’objectif de Justine Marzack est d’expliquer en quoi un personnage de la culture populaire comme Batman est devenu en quelque sorte une figure mythologique puissante, au même titre que les héros de l’antiquité. Dans « une société sans grands récits et dans laquelle la religion a cessé de jalonner l’existence de l’individu », l’auteure montre que le super-héros se superpose de façon très nette au récit mythologique classique, qu’il est devenu, lui le personnage de culture populaire, ce nouveau porteur de grand récit à même de pousser les individus à dépasser leurs contradictions.

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Gotham, une ville-personnage à l’image du super-héros, vivante la nuit et pétrie de contradictions

Batman est à ce titre le personnage qui porte le mieux « les noeuds » de la structure mythique traditionnelle : brisé par l’assassinat de ses parents (d’autant plus qu’il pense en être l’origine ), assoiffé de vengeance après cet épisode, terrifié par la nuit et les chauves souris puis renaissant sous les traits même d’un homme chauve souris, Batman est le super-héros sans pouvoirs, et dont la violence et le besoin de combattre les méchants peuvent être légitimement vus comme l’expression particulière d’un délire dépressif.

th_batman-the-dark-knight-risesBatman (ici interprété par Christian Bale) : sous le masque, un homme torturé , qui trimballe avec lui nombre des contradictions de notre monde moderne

Justine Marzack revient donc aux origine multiples de ce super-héros, qui permettent d’en comprendre la stature ambivalente; de la création du personnage en 1939 par un Bob Kane obsédé par l’image du père et très influencé par un autre héros populaire, Zorro, en passant par la place cardinale de la ville de Gotham City qui joue pour Batman le rôle de catalyseur justifiant son besoin de justice, en étant, à l’instar de New-York, « le creuset de l’injustice, de l’inégalité, et donc de la violence urbaine ».

Batman Origines fait ainsi le lien entre les motivations profondes (et souvent contradictoires) de Batman et l’histoire même des Etats-Unis, les débats et les tensions qui traversent ce pays : le droit des minorités, le niveau très élevé de la criminalité, la notion du self made man (Bruce Wayne n’a pas de pouvoir, sa richesse et sa volonté ont suffi à faire de lui un super-héros), la justification des milices (Batman n’est pas la justice mas il la rend quand même). Et c’est bien ce parallèle entre les origines de Batman et sa filiation naturelle avec les codes et l’histoire de la société américaine qui constitue sans doute la partie de l’ouvrage la plus passionnante à lire.

Joker

Le Joker (ici joué par Heath Ledger dans The Dark Knight) : Batman souffre de l’intérieur tandis que les méchants exultent à l’extérieur. Le Joker est aussi insouciant et jouissif que Batman se sent éternellement coupable et malheureux

Sur ce plan, Batman Origines n’est pas un « pensum », décortiquant jusqu’à la sur-interprétation la symbolique du super-héros dans nos sociétés. Et c’est tant mieux, tellement la vision anthropologique, rattachée à notre propre culture contemporaine permet de comprendre pour quelles raisons Batman nous semble si proche tout en ne faisant pas l’unanimité en raison même de sa nature torturée et de son incapacité à faire le deuil, non seulement de ses parents, mais aussi d’une partie de lui-même qui se refuse à grandir tout à fait et à « passer à autre chose ».

D’une grande rigueur théorique sans jamais tomber dans le travers de la théorisation excessive, blindé de références (dont certaines risquent d’apprendre bien de choses même aux plus fans de l’homme chauve souris), Batman Origines se sert de tous les matériaux culturels possibles (dont un excellent passage sur la trilogie de Nolan) pour nous permettre de saisir en quoi un personnage créé à des fins de loisir pour une industrie de loisir, dépasse, et d’assez loin, les seuls objectifs de l’ « entertainment ». Au final, une lecture à conseiller à tous les fans du super-héros sans super pouvoirs, mais aussi, et peut-être même surtout,  à tous les autres…

 

Batman Origines, petite Anthropologie de l’homme chauve-souris est édité chez © Les éditions nouvelles François Bourin, 2014, en vente au prix de 10 euros.



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Un commentaire pour cet article :

  1. merci pour l’info !

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